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Rentrer au Burundi? "Même pas la peine d'y penser", selon des exilés

Le Burundi s'apprête à choisir mercredi un nouveau président, le sortant Pierre Nkurunziza ayant décidé de ne pas se représenter.

Sa candidature à un troisième mandat en 2015 avait déclenché un vaste mouvement de contestation populaire, dont la violente répression a poussé 400.000 Burundais à l'exil, au plus fort de la crise. 

Plusieurs d'entre eux, qui ont requis l'anonymat pour leur sécurité et celle de leur famille, ont confié à l'AFP ne pas nourrir d'espoir du scrutin de mercredi, estimant que le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a encore toutes les chances de gagner.

- Richard, 38 ans, réfugié à Kigali -

Malgré une vie d'exilé difficile, Richard sourit souvent et parle avec assurance. Il ne voit pas la situation au Burundi changer rapidement.

"Je faisais partie des jeunes gens fermement opposés au troisième mandat du président Nkurunziza. Nous avons organisé des manifestations. Mais nous n'étions pas préparés au niveau de violence qui s'est abattu sur nous.

La police et l'armée nous ont traqués. Ils ont tué beaucoup de monde. Ils me cherchaient aussi.

J'ai planifié ma fuite pour le Rwanda et j'ai tout laissé derrière moi. Je vis au Rwanda depuis juin 2015.

Au Burundi, j'étais chef de projet pour la compagnie des eaux. Ici au Rwanda, je suis serveur dans un restaurant, pour pouvoir joindre les deux bouts.

La vie est dure mais nous continuons. J'ai laissé beaucoup de proches au Burundi et je prie qu'ils aillent bien. Ici, je suis tombé amoureux de ma femme, qui est aussi une réfugiée. Nous avons quatre enfants à présent.

Rentrer au Burundi est mon rêve ultime, mais je sais que c'est impossible. Les circonstances qui m'ont forcé à devenir un réfugié sont toujours là, les gens ont toujours peur (...), car le parti au pouvoir contrôle fermement les choses".

- Jeannette, 35 ans, réfugiée à Rotterdam -

Ancienne banquière, mère de cinq enfants, très engagée politiquement, Jeannette a dû réapprendre une nouvelle vie.

"C'était le 26 mai (2015) et notre manifestation venait d'être dispersée par la police. Tout à coup, la camionnette du général Godefroid Bizimana (alors n°2 de la police) s'est arrêtée à côté de moi et il a ordonné à deux policiers de m'arrêter.

Ils se sont mis à discuter entre eux où il fallait m'amener (...) Celui qui était à côté de moi m'a demandé si je voulais sauver ma vie. Il m'a dit: +Cours madame+."

Après quelques jours en clandestinité, Jeannette gagne le Rwanda puis les Pays-Bas (...) J'ai été accueillie à la campagne par une famille burundaise de Rotterdam, puis j'ai demandé l'asile politique que j'ai eu facilement car mon cas était facile à vérifier.

Les réfugiés sont bien traités en Hollande, car on m'a donné une maison, une petite subvention pour subvenir à nos besoins (...) J'ai passé deux ans à étudier la langue (...) et finalement mon mari m'a rejoint avec un enfant qui était resté avec lui au Burundi.

Je ne vois aucune raison d'espérer rentrer rapidement, rien ne me rassure si je me réfère au niveau de violences qui émaillent ces élections ou la façon dont elles sont organisées".

- Fabien, 37 ans, exilé à Nairobi -

Fabien parle doucement et avec précision. Il ne voit pas de raison d'être optimiste.

"Je suis arrivé en janvier 2016 à Nairobi. Avant, j'étais professeur d'histoire à l'école secondaire. 

Je vivais dans un quartier contestataire de Bujumbura. Je n'étais pas pour la candidature de Nkurunziza, mais je n'étais pas chaud pour manifester non plus: je trouvais que c'était mal organisé.

J'étais lassé par la situation (...). Je suis parti pour trouver mieux ailleurs.

Ma femme et mes deux enfants sont toujours au Burundi. C'est très difficile mais on n'a pas trop le choix. 

Je travaille pour une société de doublage de voix, mais il n'y a pas beaucoup de travail en ce moment.

Comme je suis parti, je suis considéré à présent comme un fugitif, appartenant à l'opposition. J'ai fait deux allers-retours rapides au Burundi depuis. Incognito. Là-bas, je loge dans un quartier où on ne me connaît pas (...)Dans les cinq à dix ans à venir, je ne vois pas vraiment de changement. Le projet, c'est plus de faire venir ma famille que de retourner au Burundi".

- Francis, 37 ans, réfugié à Kigali -

Francis est grand, un peu timide et toujours frappé de voir comment sa vie a basculé.

"J'ai fui en décembre 2015 car les Imbonerakure (Ligue de jeunesse du parti au pouvoir) me recherchaient pour m'éliminer. J'ai quitté le Burundi tout seul et je suis arrivé au Rwanda avec absolument rien.

J'étudiais les technologies de l'information à l'université du Burundi et il me restait un an d'études.

J'ai cherché du travail ici (en relation avec mes études) mais en vain, jusqu'à trouver ce boulot de chauffeur de taxi.

Parfois, je me demande comment je me suis retrouvé à vivre une vie tellement différente de celle dont je rêvais étant étudiant. C'est fou.

La vie au Rwanda n'est pas facile car nous ne sommes pas chez nous. Nous sommes des étrangers, pas des citoyens (...). Bien sûr, j'espère rentrer au Burundi un jour. Mais avec les élections et les risques de violences, ce n'est même pas la peine d'y penser".

strs-fal/cyb/sba/stb

AFP

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