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Vital Kamerhe: un pilier de la politique congolaise au banc des accusés

Homme de confiance de deux présidents successifs, Vital Kamerhe, 61 ans, qui a comparu lundi sur le banc des accusés d'un procès anticorruption sans précédent, est une figure centrale des jeux du pouvoir en République démocratique du Congo.

Traits tirés, barbe grisonnante, un chapelet autour du cou, le tout-puissant directeur de cabinet du chef de l'Etat a comparu lundi pendant deux heures lors d'une première audience retransmise par la chaîne d'Etat RTNC. 

C'est sur cette même chaîne qu'au sommet de sa gloire, il avait annoncé il y a un peu plus d'un an la libération de prisonniers politiques, à une époque où il a pu passer pour un "président bis".

"J'ai le soutien total du chef de l'Etat. Je ne le contredis jamais et lui non plus", déclarait-il en novembre 2019. "Nos épouses sont devenues amies. Ses enfants, je les considère comme mes enfants, et l'inverse est également vrai. Tout cela est le ciment de notre alliance".

Fin 2018, ce natif de Bukavu, dans le Sud-Kivu (Est), a été le principal allié de Félix Tshisekedi dans sa conquête du pouvoir, comme il avait servi avec zèle son prédécesseur Joseph Kabila dans les années 2000.

Avant le vote du 30 décembre 2018, ils ont fait campagne ensemble surtout dans l'Est du pays où Vital Kamerhe a mis sa popularité au service de M. Tshisekedi, originaire du Kasaï (centre).

Dans un volte-face spectaculaire, les deux hommes s'étaient retirés au bout de 24 heures d'une alliance des sept leaders de l'opposition autour de Martin Fayulu pour sceller leur propre plate-forme politique, Cap pour le changement (Cach).

Leur accord prévoyait que Vital Kamerhe, qui avait tenté sa chance en 2011, soit candidat à la présidence en 2023 et qu'il devienne entre-temps Premier ministre.

M. Kamerhe a cependant laissé le poste de chef du gouvernement à la famille politique de l'ex-président Joseph Kabila, qui a gardé une vaste majorité au Parlement, à en croire les résultats officiels des élections.

- Mariage people -

Jovial et chaleureux, Vital Kamerhe est l'une des rares personnalités à maîtriser les quatre langues nationales du pays, outre le français qui est la langue officielle (lingala, swahili, kikongo, tshiluba).

Il est le père de 14 enfants, selon l'état-civil décliné en ouverture du procès lundi.

A peine nommé directeur de cabinet après l'investiture du président Tshisekedi janvier 2019, il s'est remarié le 14 février suivant, jour de la Saint-Valentin avec l'ex-compagne d'un célèbre chanteur congolais, JB Mpiana.

Le faste de son mariage "people" avec Hamida Shatur, issue d'une famille indienne installée en RDC, avait irrité une partie de l'opinion, au moment où le nouveau président issu de l'opposition promettait de gouverner pour "le peuple d'abord".

En septembre, son titre de directeur de cabinet était cité dans une enquête de l'Inspection générale des Finances (IGF) sur la disparition de 15 millions de dollars des caisses de l'Etat.

M. Kamerhe fait partie de cette génération marquée au fer rouge par la chute du dictateur Mobutu Sese Seko (1997), l'assassinat de son tombeur Laurent-Désiré Kabila (2001) et les deux guerres du Congo (1998-2003).

Brillant orateur, il fut lors de la présidentielle de 2006, le directeur de campagne du jeune président Joseph Kabila, propulsé à la tête de la RDC après l'assassinat de son père en janvier 2001. Il a aussi été l'un des cadres fondateurs de son parti, le PPRD.

Pour ses dévoués services, M. Kamerhe a obtenu en retour la présidence de l'Assemblée nationale, où il s'est illustré par son "art de paraphraser avec concision des débats sans fin et d'amener une décision", relève David Van Reybrouck dans sa somme "Congo, une histoire".

En 2009, il avait été contraint de démissionner, pour avoir contesté l'entrée de troupes rwandaises dans l'Est du pays pour une opération conjointe avec l'armée congolaise contre des rebelles rwandais. 

Il a été accusé par sa famille politique d'alors d'avoir "nui à la cohésion nationale".

Comme tant d'anciens cadres tombés en disgrâce, il a alors commencé une carrière "d'opposant", en se présentant à la présidentielle de 2011 contre son ancien champion, Joseph Kabila.

Il a créé son parti, l'Union pour la nation congolaise (UNC). Mais ses détracteurs affirment qu'il a continué à garder des liens avec Joseph Kabila.

Jouant à l'équilibriste durant des années, bien introduit dans la sphère musicale de RDC, Vital Kamerhe est souvent chanté par les grandes voix de la rumba congolaise, à l'instar de Koffi Olomide.

AFP

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