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En Somalie, les croyants observent le Ramadan sans se soucier du virus

Adan Abdullahi sait bien qu'il n'est pas censé aller à la mosquée pour la prière du soir. Le gouvernement somalien a instauré un couvre-feu nocturne dans la capitale Mogadiscio, et demandé aux fidèles de rester chez eux alors que l'épidémie de coronavirus se répand rapidement.

Mais le mois sacré du Ramadan a débuté et Adan ne voit pas de meilleur moment pour se consacrer à sa foi musulmane. Dans son pays, 39 décès dus au Covid-19 ont officiellement été recensés. Mais ce chiffre est probablement fortement sous-évalué, tant la Somalie manque de ressources face à la pandémie.

"Quand une catastrophe arrive, vous allez à la mosquée et vous priez pour qu'Allah vous aide à affronter ce malheur", explique à l'AFP ce père de trois enfants, âgé de 42 ans, à Mogadiscio.

Ailleurs dans la ville, où les mesures de prévention sont appliquées bon gré mal gré ou parfois complètement ignorées, de nombreuses tombes sont hâtivement creusées pour absorber l'afflux de morts inexpliquées.

Le nombre de cas connus de coronavirus a été multiplié par 14 depuis la mi-avril, pour atteindre 873. Mais les autorités sanitaires soupçonnent qu'il est en réalité bien plus élevé, car le nombre de tests pratiqués est très restreint.

"Nous manquons de capacités de dépistage pour les patients", ainsi que de docteurs, infirmières et du personnel médical requis pour les hôpitaux et laboratoires, a reconnu le maire de Mogadiscio, Omar Mohamud.

Les organisations humanitaires craignent que le fragile État central somalien, déjà confronté à l'insurrection armée des islamistes shebab, à une invasion de criquets pèlerins et à de graves inondations, ne soit plus du tout capable de faire front si l'épidémie devait encore empirer.

"Nous constatons une large transmission communautaire dans un pays qui ne sera pas capable de prendre en charge en même temps une multitude de patients grièvement malades", estime Richard Crothers, directeur pays pour le Comité international de la Croix-Rouge.

- "Rien n'a changé" -

L'Organisation mondiale de la santé avait averti le 23 avril que si le taux de transmission du virus ne ralentissait pas rapidement, le précaire système de santé somalien serait vite submergé.

Depuis, les cas n'ont fait qu'augmenter, le gouvernement peinant à convaincre les gens de la gravité de la maladie, et de la nécessité de rester chez soi.

Les rues, marchés et mosquées de Mogadiscio restent aussi animés qu'en temps ordinaire, plus d'un mois et demi après l'annonce du premier cas de Covid-19 sur le sol national

Les policiers en patrouille utilisent des mégaphones pour demander aux passants de garder leurs distances. Et les rues sont parsemées d'affiches officielles pour faire mieux connaître la maladie. Peu de gens y prêtent attention.

"Rien n'a changé ici. On peut toujours visiter les gens et aller où on veut", constate Ali Moallim Nur, un habitant de la capitale.

Le couvre-feu s'est révélé inutile, surtout en cette période du Ramadan, où les Somaliens se rendent visite chaque soir pour rompre ensemble le jeûne et prier avec encore plus de piété que d'ordinaire.

De temps en temps, la police invite des personnes paressant dans des cafés ou restaurants à en partir. Mais elle reste réticente à importuner les croyants ou à punir les responsables des mosquées qui restent, malgré le couvre-feu, ouvertes le soir.

"Est-ce que vous imaginez? C'est Ramadan et on vous demande de ne pas aller à la mosquée?" s'indigne Adan.

"Le Ramadan, c'est avant tout la dévotion envers Allah et aller dans sa maison pour prier", ajoute-t-il. "Je continue à aller prier. Je sais qu'il y a le Covid-19, mais nous prions Dieu pour qu'il nous sauve de cette maladie."

- Des morts inexpliquées -

A Barakat, en banlieue de Mogadiscio, Ali Maow, employé de cimetière, explique avoir constaté un doublement du nombre d'inhumations en avril, avec parfois jusqu'à 25 corps arrivant chaque jour.

"Avant le coronavirus, il y en avait peut-être 10 ou 12 par jour: vous voyez la hausse. Je ne peux pas dire s'ils sont morts du virus, mais la plupart sont âgés", indique-t-il.

La tradition islamique impose que les funérailles aient lieu quelques heures à peine après la mort, rendant presque impossible tout test ou toute autopsie pour déterminer la cause du décès.

Selon le maire Mohamud, au moins 500 morts inexpliquées ont été observées entre le 19 et le 29 avril à Mogadiscio, une anomalie que les autorités de la ville imputent au coronavirus, sans pouvoir le prouver.

Le gouvernement doit aussi lutter contre la forte stigmatisation dont sont victimes les rares personnes portant des masques en public, regardées avec suspicion voire une franche hostilité.

"Presque personne ne porte de masque. Ceux qui le font sont harcelés et appelés +Monsieur Coronavirus+", observe Abdirahman Mohamed Jimale, un autre habitant de Mogadiscio, âgé de 22 ans. "Ils disent: tu es malade, éloigne-toi de moi".

Mohamed Sharif, chauffeur pour une organisation internationale, est obligé de porter un masque pour travailler. Mais il a remarqué qu'à cause de ça, les gens l'évitaient ou même s'enfuyaient en sa présence.

"Les gens ignorent tout (de la maladie) ici, et c'est pourquoi la plupart d'entre eux sont malades sans même le savoir", soupire-t-il.

AFP

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