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Libye: mercenaires russes et syriens soutiennent Haftar, selon l'ONU

Un rapport récent d'experts de l'ONU contrôlant l'embargo sur les armes imposé à la Libye confirme la présence dans ce pays de mercenaires du groupe russe Wagner et révèle celle de combattants syriens venus de Damas soutenir le maréchal Khalifa Haftar.

Les relations sur le terrain entre le groupe Wagner et l'homme fort de l'est libyen qui cherche à conquérir Tripoli depuis avril 2019 ont été émaillées de tensions, précise le document remis le 24 avril au Conseil de sécurité et dont l'AFP a obtenu mercredi un résumé.

L'enquête des experts est une mise à jour de leur rapport annuel de décembre qui, en évoquant déjà l'existence de groupes armés étrangers dans le conflit (venus du Tchad et du Soudan), ne parlait pas de mercenaires russes.

"Le groupe d'experts a identifié la présence de militaires privés de ChVK Wagner en Libye depuis octobre 2018". Il estime leur nombre "à pas plus de 800 à 1.200" mais souligne ne pas "être en mesure de vérifier de manière indépendante l'importance de leur déploiement", selon le résumé.

C'est la première fois que l'ONU confirme la présence en Libye de mercenaires de Wagner, groupe réputé proche du président Vladimir Poutine. Leur implication avait été révélée courant 2019 par des médias américains. 

La Russie a toujours démenti tout rôle dans la présence de mercenaires russes en Libye.

Les membres du groupe "Wagner fournissent un soutien technique pour la réparation de véhicules militaires, participent à des combats et à des opérations d'influence", selon les experts onusiens. Ils aident aussi dans le domaine de "l'artillerie, du contrôle aérien, fournissent une expertise dans les contre-mesures électroniques et déploient des tireurs d'élite".

- "Multiplicateur de force" -

"Leur implication a agi comme un multiplicateur de force" pour les troupes du maréchal Haftar, estiment les experts.

"Des militaires privés du groupe Russkie System Bezopasnosti (RSB) ont aussi été identifiés par les experts comme assurant de la maintenance et des réparations à des aéronefs militaires". Une enquête se poursuit sur des informations faisant état d'un "déploiement le 6 janvier 2020 à Benghazi (est) de membres des groupes militaires privés Moran Security Group et Schit Security Group", affirme le résumé.

"Les informations obtenues par le groupe d'experts montrent que les relations de travail entre les HAF (troupes de Haftar) et leurs homologues du PMC (mercenaires) ont été initialement tendues et que, même après un an de déploiement, des tensions persistaient entre les deux groupes", relate-t-il.

Les experts affirment aussi avoir la preuve d'un transfert de combattants syriens de Damas vers la Libye.

La présence de combattants syriens supplétifs d'Ankara en Libye pour soutenir le Gouvernement d'union nationale à Tripoli, adversaire du maréchal Haftar, avait été confirmée en février par la Turquie, engagée militairement depuis le début de l'année auprès du GNA.

Mais celle de combattants syriens venus de Damas pour aider Khalifa Haftar est une information inédite. Début mars, les autorités de l'Est libyen avaient rouvert une ambassade libyenne à Damas, après huit ans de rupture des liens diplomatiques entre la Libye et la Syrie.

Dans leur rapport, les experts précisent n'être pas en mesure d'identifier les responsables du recrutement et du financement des mercenaires envoyés combattre auprès du maréchal Haftar. 

"Le groupe a vérifié que plusieurs de ces combattants syriens ont été transférés vers la Libye de Syrie via la compagnie Cham Wings Airlines", entreprise aérienne syrienne privée basée à Damas, énonce leur rapport.

Depuis le 1er janvier, 33 vols ont été effectués par Cham Wings Airlines, selon eux. "Selon des sources sur le terrain, le nombre de combattants syriens étrangers soutenant les opérations du maréchal Haftar est de moins de 2.000", précise le résumé.

Si "certaines sources évaluent le nombre de combattants syriens en Libye à près de 5.000, cela inclut certainement ceux qui ont été recrutés par la Turquie au profit du GNA".

Dans un rapport au Conseil de sécurité daté du 5 mai et obtenu mercredi par l'AFP, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, n'identifie pas la Russie ou la Syrie comme pays d'origine de mercenaires. Mais il dénonce les "informations continues sur l'implication de mercenaires étrangers au profit du GNA et de l'ANL" (Armée nationale libyenne de Haftar) "en violation de l'embargo sur les armes" décrété en 2011.

Ni lui, ni les experts de l'ONU ne recommandent de sanctionner les responsables présumés des violations.

AFP

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