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Côte d'Ivoire: le roi des Sanwi en appelle aux mânes pour combattre le coronavirus

"Je demande à Dieu! Aux mânes des ancêtres  de protéger la population en éloignant ce virus du royaume, de la Côte d'Ivoire et du monde", lance le roi du Sanwi, dans le sud-est de la Côte d'Ivoire. 

Même s'il respecte les mesures barrière, sa majesté Amon N'Douffou V, compte aussi sur les pratiques coutumières pour lutter contre le coronavirus et protéger son royaume de 3 millions d'habitants (essentiellement en Côte d'Ivoire mais également au Ghana voisin).

Des kômians (féticheuses) vêtues de blanc purifient la cour royale en aspergeant le sol d'une mixture spéciale sur un fond musical de l'"abôdan", un rythme du terroir. 

Traditionnellement, pour ce genre de cérémonies extraordinaires visant à lutter contre les calamités (sécheresse, mauvaises récoltes, inondations), des centaines voire des milliers de personnes se réunissent mais cette fois seul un maigre public a été convié afin de respecter l'interdiction de rassemblement de plus de 50 personnes et ne pas favoriser la propagation du virus. 

La Côte d'Ivoire a dépassé les 1.000 cas (14 décès) en fin de semaine dernière. Le pays compte des centaines de rois et chefs traditionnels héritiers d'une organisation sociale datant d'avant l'ère coloniale. Ce maillage traditionnel de tout le territoire fonctionne parallèlement aux  structures politiques du pays.

Ces rois et leur cour bénéficient d'une grande aura et sont respectés pour leur sagesse ancestrale. Les hommes politiques rendent souvent visite à ces leaders locaux avant de prendre ou d'annoncer des décisions. 

Environ 20% de la population ivoirienne est animiste et certains membres des deux religions principales (chrétienne et musulmane, 40% chacune) pratiquent un syncrétisme piochant dans les traditions.

- Le visible et l'invisible -

Flanqué d'une forte escorte de notables, les visages recouverts de masques de protection, le roi avait fait son apparition quelques minutes auparavant dans la cour royale de Krindjabo, petit village capitale du royaume, aux sons des tam-tams parleurs et du cor. 

Drapé d'un grand pagne multicolore, longue chaîne en or massif au cou et couronne dorée sur la tête, le souverain explique par l'intermédiaire d'un porte parole (le Roi ne s'exprime pas en public), le sens de la libation.

"Nous sommes réunis pour conjurer le mauvais sort. Je vais invoquer les mânes des ancestres afin de protéger la population contre le coronavirus, un mauvais esprit venu pour nous détruire", déclare le roi. 

"On vit dans un monde sans repères: le respect des anciens, des tabous et de l'environnement n'existe plus. L'être humain s'autodétruit", dit-il. "Il n'y a plus d'espace vital sur la terre, or ce virus vivait dans cette nature (...) ,si celui-ci n'a plus de place, il est obligé d'aller ailleurs et se coller à nous. puisque nous ne connaissons pas son langage, il se propage à nous".

Le roi appelle ses sujets à un examen de conscience, soulignant qu'il faudrait que "l'être humain redéfinisse son espace dans ce monde et respecte lui même la nature dans la quelle il évolue. Sans respect, on va toujours être confronté à ces épidémies", avertit-il.

Puis, le roi et sa cour quittent le tapis rouge de l'estrade pour fouler le sol sablonneux de la cour royale.

D'un geste majestueux, le katamanssou- Otoumfô (le protecteur et le censeur du peuple, appellation traditionnelle du roi en langue akan), protégé du soleil de plomb par un large parasol, verse le contenu de deux bouteilles d'alcool au sol.

"En Afrique nous vivons dans le monde visible et invisible. Seul le roi détenteur de ce pouvoir, peut demander par la libation, la protection du monde invisible", explique Ben Kottia, le conseiller du Roi, drapé dans son pagne traditionnel.

- Secret naturel -

"Le roi pourrait ordonner aux femmes détentrices du secret naturel de faire +l'Adjalou+, une procession à travers le village pour protéger le peuple", explique-t-il. 

"Au cours de l'Adjalou, les femmes se mettent nues, on confine tous les hommes et les enfants. Elles érigent des barrages à l'entrée du village pour empêcher les mauvais esprits de s'infiltrer et de faire des morts", explique Olivier Kattie, un autre conseiller.

L'Adjalou est toujours gardée secrète jusqu'à la veille quand un griot arpente les rues du village pour appeler au confinement total des hommes et des enfants.

Dans la cour, les personnes présentes touchent le sol imbibé d'alcool des deux mains puis les frottent sur leur visage et les lèvent vers le ciel, en signe d'allégeance au roi qui regagne son palais au son des tam-tams.

La cérémonie est achevée pour le côté officiel. D'autres cérémonies comme l'Adjalou vont se poursuivre à l'abri des regards.

AFP

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