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Prendre le Covid de vitesse au Liberia éprouvé par Ebola

Les Libériens n'ont pas oublié le courage de Jerry Brown face à Ebola. Le même homme fait face aujourd'hui au Covid-19 et lui comme d'autres médecins envisagent la nouvelle pandémie avec la confiance du combat remporté contre la fièvre hémorragique et la conscience du danger qui menace.

Alors qu'on ne savait quasiment rien d'Ebola et qu'être infecté équivalait à un arrêt de mort, Jerry Brown, alors directeur médical d'un hôpital de Monrovia, a risqué sa vie pour sauver celle des autres. "Je dois reconnaître que la crise d'Ebola a été difficile", dit-il.

Ebola a fait plus de 4.800 morts entre 2014 et 2016 au Liberia, le plus durement éprouvé par l'épidémie qui affligeait alors l'Afrique de l'Ouest. Quelques années après, sorti meurtri de deux guerres civiles de 1989 à 2003, l'un des Etats les plus pauvres de la planète, voit arriver un nouveau mal, avec le Dr Brown à la tête de l'équipe chargée d'y répondre.

Contenir Ebola n'a été possible qu'au prix d'un effort collectif, dit-il dans l'hôpital militaire où il est établi, à une vingtaine de kilomètres de la capitale. "Et je suis sûr que nous pouvons faire la même chose avec le corona", ajoute-il.

Il n'est pas seul à le croire. D'autres médecins interrogés par l'AFP estiment avoir encore une longueur d'avance.

Comme un peu partout en Afrique, la contagion a démarré doucement, puis s'est accélérée. Les autorités ont déclaré 101 cas de contamination et 8 décès. Le président George Weah a décidé de confiner les populations de Monrovia et de plusieurs régions, et interdit les rassemblements. Le Covid-19 représente "la menace la plus importante pour la santé et le bien-être des Libériens depuis l'épidémie d'Ebola", a mis en garde M. Weah.

Le président et ses collaborateurs sont conscients des risques d'une propagation étendue, face à laquelle le Liberia serait cruellement sous-équipé.

Avant d'en arriver là, l'expérience Ebola a stimulé la riposte initiale au coronavirus, dit le chef des services médicaux nationaux, Francis Karteh. Les autorités ont rapidement rouvert cinq unités de soins intensifs remontant à Ebola à travers le pays après avoir détecté le premier cas en mars, dit-il.

- Prévenir pour moins guérir -

"Les équipes de recherche des cas contacts étaient déjà en place, les équipes locales étaient toujours là et nous avions juste à les réactiver", dit-il.

Quant à la prise en charge clinique, "les connaissances sont là", abonde Heounohu Hessou, étudiant en médecine au moment d'Ebola et maintenant en première ligne face au Covid-19.

Sereins, les médecins sont aussi réalistes. Depuis Ebola, seules des améliorations "insignifiantes" ont été apportées à un système sanitaire déficient, dit le Dr Brown.

"Je prévois les mêmes difficultés que lors d'Ebola", dit-il.

Le système de santé avait alors été submergé, et le pays avait été le théâtre de graves accès de violence pour diverses raisons.

Le chef des services médicaux nationaux, Francis Karteh, dit que le pays ne dispose que d'un respirateur. D'autres chiffres ont été rapportés, mais le nombre semble tenir sur les doigts d'une main.

La prévention n'en est que plus primordiale. Mais le peu de respect pour les précautions fondamentales préoccupe les praticiens.

- Réalité des chiffres -

La police a dû disperser des foules considérables de fidèles défiant l'interdiction de rassemblement pour pratiquer leur foi. Le premier jour de confinement à Monrovia a été marqué par la confusion, les gens sortant en nombre à pied ou en voiture.

Les conditions économiques et sociales dans un pays dont près de la moitié de la population vit avec moins d'1,9 dollar par jour selon la Banque mondiale vont à contre-courant de la distanciation sociale.

"Malgré l'amère expérience d'Ebola, certaines personnes sont toujours réfractaires aux conseils qu'on leur donne", déplore le ministre de la Santé, William Jallah.

Le nombre de cas déclarés reste relativement bas, mais il augmente régulièrement, tandis qu'il progresse à un rythme alarmant chez le voisin guinéen, sévèrement frappé par Ebola lui aussi.

Certains médecins redoutent que les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité.

"Beaucoup de patients gravement malades meurent dans leur communauté, ils meurent avant d'arriver ici", rapporte le Dr Brown. Certains ne savent même pas que le coronavirus existe, dit-il.

"Si les gens ne changent pas de comportement, on en soignera autant qu'on peut à l'hôpital, mais les gens continueront à arriver ici", prévient-il.

AFP

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