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En Afrique du Sud, le casse-tête de l'application du confinement

Dans le centre de Johannesburg, la police disperse à coups de fouet les clients agglutinés devant un supermarché. Dans ses banlieues verdoyantes, c'est le silence. En Afrique du Sud, les consignes de confinement sont diversement suivies selon qu'on est riche ou pauvre.

Ses 57 millions d'habitants sont entrés vendredi en période de confinement pour trois semaines dans l'espoir d'enrayer la pandémie de coronavirus, comme plus de 3 milliards d'être humains sur la planète avant eux. 

Selon le dernier bilan, le Covid-19 a déjà infecté plus de 1.000 personnes dans le pays et en a tué deux. 

En Afrique du Sud, seuls les commerces essentiels sont désormais ouverts, et la population exhortée à respecter les consignes de "distanciation sociale". Mais dans le quartier surpeuplé de Hillbrow, à Johannesburg, on se presse devant les supermarchés.

"Dès que vous serez malade, vous ne pourrez pas aller au magasin", lance sur le trottoir un homme. "Soyez humbles et écoutez ce que le gouvernement dit, s'il vous plaît".

Des policiers, déployés en nombre, tentent de limiter le nombre de clients d'un supermarché. En vain. Faute de trouver son gérant, ils baissent finalement abruptement les rideaux de fer du commerce.

Plus loin, ils chassent à coups de fouet des clients qui se bousculent pour faire leurs courses et font fermer illico presto une boutique qui vend des articles ménagers. 

A l'inverse, dans les quartiers confortables de Johannesburg, les clients se font rares dans les supermarchés, pris d'assaut les jours précédents. Derrière les hauts murs des vastes propriétés, on travaille à la maison et on a demandé aux domestiques de rester chez eux.

Dans les rues ombragées, pas de policiers mais les traditionnels 4x4 des compagnies de sécurité privée qui patrouillent pour éloigner la criminalité, alimentée par les énormes inégalités dans le pays.

- Laissez-passer -

En ville, les policiers, équipés de gants et souvent de masques, multiplient les contrôles, notamment des minibus, le principal moyen de transport des Sud-Africains modestes.

Les passagers doivent descendre sur le trottoir et produire leur laissez-passer.

Les minibus sont "pleins comme d'habitude et ça m'inquiète", témoigne Andile Biyela, mère de famille célibataire et sans emploi sortie faire ses courses. "Les masques et gants sont inaccessibles pour des gens des townships comme nous", explique-t-elle, en référence aux quartiers périphériques défavorisés.

"J'ai l'impression que beaucoup de gens partent du principe que le virus ne les attaquera pas", estime un employé de banque, Dumisani July, 39 ans, en train de ranger, après un contrôle, sa carte d'identité et son autorisation de circulation.

Mais il se veut confiant. "On dirait que les gens commencent à obéir" aux consignes, note-t-il. Il en veut pour preuve le chauffeur de son minibus qui a obligé tous les passagers à se laver les mains avec de la solution hydroalcoolique avant de monter à bord.

- Sans-abri -

Des soldats, chargés de faire respecter le confinement, sont occupés à rassembler des sans-abri.

"On n'a pas de problème avec le confinement", explique un sans domicile fixe, Jabu Mkhize, 56 ans, en attendant de connaître son sort. "Nous voulons que les gens soient en sécurité mais ils doivent nous fournir un endroit où rester".

Le gouvernement a promis des abris temporaires pour les personnes vulnérables, mais les choses tardent à se mettre en place.

Avec un masque en chiffon sur le visage, Jabu Mkhize explique avoir autant peur de la brutalité de la police que du virus.

"Où dois-je aller ?", demande, hagard, John Atcheson, 39 ans. "J'ai perdu mon emploi, je n'ai plus de maison, je n'ai pas de famille", explique-t-il à un soldat, arme à la main. "Laissez moi au moins récupérer ma couverture et mes affaires", supplie-t-il.

Le soldat hausse les épaules et lui propose de se nettoyer les mains avec de la solution hydroalcoolique. "C'est dur," murmure le militaire. "Que peut-on faire ?".

AFP

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