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Entre nervosité et indifférence, l'Afrique du Sud attend le retour de ses expatriés de Wuhan

Dans la campagne sud-africaine, une opération militaire est en préparation pour rapatrier ce week-end environ 120 ressortissants, bloqués depuis près de deux mois à Wuhan en Chine, berceau du nouveau coronavirus.

Dans la province du Limpopo (nord-est) qui accueillera leur quarantaine, les habitants sont partagés entre angoisse et indifférence. 

"Je suis inquiet", témoigne Mavunda Benedicto, un intérimaire de 25 ans à Polokwane, la capitale de la région. 

"De toutes les provinces en Afrique du Sud, la nôtre est la plus pauvre. Les infrastructures routières, les ambulances sont en mauvais état. Si vous appelez une ambulance, elle arrive au bout de cinq heures", ajoute-t-il, craignant que l'épidémie puisse facilement se propager dans la province.

Le hashtag "#Le Limpopo n'est pas un dépôt d'ordures" tournait beaucoup sur les réseaux sociaux vendredi.

En février, l'Afrique du Sud a promis de rapatrier plus d'une centaine de ses citoyens, essentiellement des étudiants et des enseignants, résidant à Wuhan, mise sous cloche fin janvier. Mais l'opération, coûteuse, a tardé à se mettre en place.

Des négociations initiales pour confiner, à leur retour au pays, les Sud-Africains dans un hôtel de la province du Free State (centre) ont échoué. Il a donc fallu trouver rapidement un autre établissement susceptible de les accueillir.

Un hôtel, situé dans une réserve de 1.000 hectares au Limpopo avec piste d'atterrissage à proximité, indispensable pour l'évacuation éventuelle de malades, a finalement été choisi.

Le ministre de la Santé, Zweli Mkhize, a tenté de rassurer la population locale inquiète. "Il n'y a pas de patients que nous amenons ici, ce ne sont pas des gens malades".

- 'Nos enfants' -

L'avion sud-africain qui doit ramener les expatriés a décollé mercredi pour Wuhan. Il est attendu au pays ce week-end. 

Dès leur arrivée, ils subiront un test de dépistage du Covid-19 avant d'être confinés trois semaines dans cet hôtel avec piscine, sauna et tennis.

Richard Friedland, patron de Netcare, le plus important réseau de cliniques privées sud-africain, se veut rassurant. 

"Le gouvernement chinois a fait un très bon boulot en isolant les gens et en fermant Wuhan", a-t-il expliqué à l'AFP. Les Sud-Africains rapatriés "ont été isolés et nous ne devrions avoir aucune crainte vis-à-vis d'eux. Ils vont aussi être confinés pendant 21 jours, au lieu de 14."

Lucky, serveur dans l'hôtel choisi pour la quarantaine, se veut confiant. 

"Ils nous ont promis de nous donner l'équipement de protection nécessaire, donc je ne suis pas inquiet", confie le jeune homme qui préfère taire son nom de famille. Mais "s'ils ne nous le donnent pas, cela va être un problème", prévient-il. 

"Ma famille m'a dit de rentrer à la maison. J'ai dit: +non, je n'ai pas peur+".

Mokoena Vhutshilo, employé dans une station de lavage auto, soutient l'opération de rapatriement. 

"C'est bien que notre gouvernement ramène à la maison nos enfants", estime-t-il. "On ne peut pas (les) laisser mourir à l'étranger", ajoute-t-il, tranchant avec l'indifférence de nombreux habitants de la région.

L'Afrique du Sud, la plus touchée du continent avec 24 cas, est le premier Etat d'Afrique sub-saharienne à rapatrier ses concitoyens bloqués à Wuhan. Le Sénégal et l'Ouganda notamment ont exclu de le faire, faute de moyens.

Le continent africain reste pour l'heure largement épargné par l'épidémie: quelque 170 contaminations ont été officiellement recensées et aucun mort enregistré.

En début de semaine, un enseignant sud-africain confiné depuis près de deux mois à Wuhan, Sizwe Sibiya, avait expliqué à l'AFP avoir "tellement hâte de rentrer à la maison". "On a hâte d'être sous le soleil, sous le beau soleil africain."

AFP

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