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Une vue d'un marché de yaoundé, la capitale du Cameroun, mars 2009. © ISSOUF SANOGO / AFP
Une vue d'un marché de yaoundé, la capitale du Cameroun, mars 2009. © ISSOUF SANOGO / AFP

Le Cameroun ne peut plus ignorer la menace Boko Haram

Alors qu'il est sur la sellette depuis l'enlèvement de sept Français sur son territoire, le Cameroun semble toujours regarder la menace islamiste d’un peu loin. Et pourtant, il y a de quoi s'inquiéter.

L'enlèvement de touristes occidentaux en territoire camerounais était déjà une première qui aurait pu sérieusement alerter les autorités du danger qui plane sur le pays: Boko Haram est bel et bien en train de se servir du Cameroun comme base arrière.

Seulement depuis la prise d’otages de la famille Moulin-Fournier, le 19 février 2013, dans l’extrême-nord du Cameroun, tout près de la frontière avec le nord-est du Nigeria, fief de la secte islamiste, les populations, dans la région septentrionale comme à Yaoundé, donnent une étrange impression d’indifférence, un peu comme si cela concernait tout le monde sauf elles.

C’est ce même sentiment qui se dégage depuis la diffusion sur Internet des premières images des otages et de la revendication de l'enlèvement par des groupes se réclamant de la secte islamiste Boko Haram.

Des cris de colère sur Facebook et quelques tweets de compassion par-ci par-là… Mais guère plus.

 

 

Rien, non plus qui aurait pu être interprété comme une détermination à stopper la déferlante islamiste, de la part des autorités camerounaises.

Pourtant, dans leur message vidéo diffusé le 25 février, un point à prendre au sérieux devrait contraindre Yaoundé à sortir de son apparente passivité: les ravisseurs envoient une menace claire au président camerounais, Paul Biya.

«Nous mettons en garde aussi le président du Cameroun, qu'il relâche rapidement nos frères détenus dans ses prisons», ont fait savoir les membres de Boko Haram.

Cet avertissement, à lui seul, montre la détermination de la secte islamiste à multiplier les opérations de ce genre en territoire camerounais et donc la nécessité pour le régime de prendre le taureau par les cornes.

Certes, en décembre 2012, l’hebdomadaire L’Œil du Sahel, confirmait dans ses colonnes que 31 personnes identifiées comme étant membres de Boko Haram avaient été remises aux autorités nigérianes, et que d’autres étaient enfermées dans des geôles camerounaises. D'où l’interpellation au président camerounais entendue dans la vidéo diffusée sur le site YouTube.

Une source proche du State Security Service, les services de renseignement nigérians, citée par le même journal Œil du Sahel, donnait déjà l’alerte lorsque, en janvier 2012, des membres de Boko Haram avaient été «repérés», à Douala (capitale économique, située plus au sud):

«Le problème de Boko Haram n'est pas seulement celui du Nigeria, il concerne tous les pays frontaliers, en particulier le Cameroun, dont le nord présente les mêmes similitudes que le nord du Nigeria. De plus, il y a des Camerounais qui opèrent déjà dans la secte, mais mes amis camerounais refusent de l'admettre.»

Une thèse que n’écarte pas Stéphane Akoa, chercheur à la Fondation Paul-Ango-Ela de géopolitique en Afrique centrale.  

«La menace Boko Haram est bien réelle et pas récente au Cameroun», soutient-il.

Selon le politologue, les infiltrations des membres de la secte nigériane en territoire camerounais pourraient même remonter à 2009. Plusieurs facteurs l'expliquent:

«Le Cameroun et le Nigeria partagent une frontière longue, poreuse et difficilement contrôlable; Maïduguri, le fief de Boko Haram, est situé à moins de 100 kilomètres du Cameroun; l’insécurité dans la région de l’extrême-nord, liée au phénomène des coupeurs de route, est à prendre en compte aussi.»

Seulement, Stéphane Akoa met l’accent sur un point qui est loin d’être négligeable: la relative indifférence des populations et des élites.

Si les populations feignent de ne rien voir et si les autorités ne réagissent pas avec la fermeté qu’on est en droit d’attendre d’elles, le Cameroun ne sera pas seulement une base arrière des islamistes de Boko Haram, il en sera le nouveau fief. 

Agir maintenant et efficacement

Le problème, souligne encore Stéphane Akoa, c'est que «le Cameroun n’est pas habitué à gérer ce type de situation, mais il doit apprendre et vite».

Ainsi, veut-on croire que le discret déploiement des agents de la DGRE (les renseignements généraux camerounais) autour des mosquées des principales localités du Nord-Cameroun et les contrôles policiers le long de la frontière avec le Nigeria sont des motifs d’espoir.  

La région septentrionale du Cameroun est d'une grande complexité sociopolitique et culturelle. Si elle est en majorité constituée de musulmans, avec des confréries qui pratiquent un islam pouvant être considéré comme «rigide», elle comprend aussi de nombreux chrétiens.

Entre les deux communautés, il a fini par s’instaurer une une entente cordiale après la longue «guerre froide» qui a précédé la tentative de coup d’Etat contre le président Paul Biya (chrétien et sudiste), en avril 1984. Entre les deux communautés chrétienne et musulmane, se sont établis des intérêts solides.

Et cette cohabitation symbolise et garantit la stabilité du pays dans son ensemble et fait espérer un sursaut général des Camerounais, si la menace islamiste se faisait plus forte.

Mais point n’est besoin d’attendre que le diable rentre dans la maison par portes et fenêtres. C’est maintenant que les Camerounais doivent agir.

Ils doivent agir en coopérant efficacement avec la France et le Nigeria, afin de libérer des mains des djihadistes les sept Français enlevés près du parc touristique de Waza. 

Ils doivent aussi réfléchir avec les six pays avec lesquels ils partagent une frontière (Nigeria, Tchad, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale et Congo) à un programme de sécurité transfrontalière. Car l’ennemi ne dort jamais et il peut venir de n’importe où.

Raoul Mbog

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Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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