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L'émir de Kano, grande figure traditionnelle du Nigeria, "détrôné" par les autorités

L'émir de Kano, l'une des plus grandes figures du pouvoir traditionnel au Nigeria, très influent dans tout le nord musulman du pays, a été "détrôné" lundi par le gouverneur pour insubordination et manque de respect envers le pouvoir politique et religieux. 

"Le conseil exécutif de l'Etat de Kano (nord) a donné son accord à l'unanimité pour détrôner l'émir Muhammadu Sanusi II et le relever de ses fonctions", selon un communiqué signé du porte-parole du gouvernement de l'Etat, Alhaji Usman Alhaji. 

L'émir a été renvoyé pour avoir "manqué de respect aux institutions" et notamment avoir refusé de participer à des réunions avec le gouverneur Abdullahi Umar Ganduje sans donner "de justification légale", explique le communiqué. 

Muhammadu Sanusi II, 58 ans, est l'une des plus grandes figures traditionnelles au Nigeria, et particulièrement dans le Nord musulman, où il se partage le pouvoir traditionnel avec le sultan de Sokoto.

57e émir de Kano depuis le 10e siècle, Sanusi Lamido Sanusi, son nom à l'état civil, fait partie de la nouvelle génération de chefs traditionnels modernes et très éduqués. Il a été gouverneur de la Banque centrale, dont il avait été écarté en 2014 après avoir dénoncé des détournements de fonds massifs sous le précédent gouvernement fédéral. 

En février, l'émir avait déclaré qu'"aucun leader dans le nord du Nigeria ne peut s'estimer heureux."

"Personne ne peut se réjouir d'avoir 87% de la pauvreté du pays dans le Nord et des millions et des millions d'enfants qui ne vont pas à l'école", avait-il lancé à la suite de la publication d'un rapport de la Banque mondiale sur la pauvreté dans le nord de ce pays de 200 millions d'habitants. 

Il avait également dénoncé les abus de la polygamie, demandant aux hommes musulmans qui n'ont pas les moyens financiers d'avoir des familles élargies ou d'envoyer leurs enfants à l'école de renoncer à épouser jusqu'à quatre femmes. 

Le gouvernement de l'Etat de Kano a ainsi accusé l'émir de "détruire l'image" de l'émirat, assurant prendre cette décision très rare et historique pour "défendre le prestige, la religion, la culture et la tradition", valeurs bâties "depuis un millénaire".

Réputé proche de l'actuel président Muhammadu Buhari, l'émir n'a pourtant jamais hésité à dénoncer les politiques économiques du gouvernement et le gouverneur de Kano, M. Ganduje, élu en 2019, l'accuse désormais de soutenir l'opposition. 

Les chefs traditionnels ont perdu leur pouvoir politique sous la colonisation britannique, mais leur influence est énorme dans la société nigériane, certains considérant les plus grands chefs comme des demi-dieux. 

AFP

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