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"Hirak": les Algériens défient dans la rue le coronavirus

Les partisans du mouvement de contestation antirégime ("Hirak") sont descendus dans la rue vendredi à Alger pour la 55e semaine consécutive, moins nombreux que d'habitude mais défiant avec humour l'épidémie du nouveau coronavirus.

"Ce peuple est déterminé à poursuivre son combat. Ni corona (sic) ni les arrestations ne l'arrêteront", a déclaré à l'AFP Boudjema, 56 ans.

Après avoir obtenu la démission du président Abdelaziz Bouteflika en avril, les partisans du "Hirak" continuent d'exiger le changement du "système" en place depuis l'indépendance en 1962.

Des milliers de personnes ont défilé pacifiquement dans le centre de la capitale et se sont dispersées en fin d'après-midi, une mobilisation moindre que les vendredis précédents, selon un journaliste de l'AFP.

La police a procédé à des interpellations, d'après des témoins.

Parmi les manifestants, quelques-uns seulement arboraient des masques de protection contre le nouveau coronavirus. Les policiers, eux, en portaient tous. 

Dix-sept cas de maladie Covid-19 ont été confirmés à ce jour par l'Institut Pasteur d'Algérie: un ressortissant italien et 16 Algériens d'une même famille ayant été en contact avec des proches résidant en France, selon le ministère de la Santé.

"Dieu nous protège, on n'a pas besoin de porter de masques comme les policiers", a scandé la foule.

"Le corona, on peut l'attraper n'importe où, dans le métro, le bus ou même dans le magasin où je travaille, donc pas question de nous faire peur avec ces masques que portent les policiers", a réagi Sarah, 29 ans, vendeuse.

"Vous voulez nous faire peur avec le corona? Ça ne marche pas! Si on compte le nombre de jeunes clandestins noyés en mer, ou tous les Algériens morts pendant la décennie noire (la guerre civile des années 1990, NDLR), à côté le corona ne nous fait pas du tout peur. Le combat continue!", a renchéri Brahim, un chômeur de 31 ans.

- "Détenus du Hirak" -

A côté du slogan emblématique "Etat civil et non militaire", on pouvait lire sur une pancarte: "Plutôt le Corona que vous", à l'adresse des dirigeants algériens, fustigés depuis plus d'un an par le mouvement de contestation populaire.

Multipliant les jeux de mots, les internautes n'étaient pas en reste: "Ceux qui rejoignent le +Hirak+ seront préservés du coronavirus et de ceux qui nous appauvrissent. Nous vaincrons", a tweeté l'un d'eux.

D'importants défilés ont eu lieu en province, notamment à Oran et Mostaganem (nord-ouest), à Sétif et Constantine (nord-est) ainsi qu'à Tizi Ouzou et Boumerdès, à l'est d'Alger, où plusieurs personnes ont été arrêtées, selon des militants sur place.

Comme chaque semaine depuis le début du mouvement, de nombreux manifestants ont brandi des portraits de héros de la révolution algérienne (la guerre d'indépendance contre la France de 1954 à 1962, NDLR) ou de "détenus du Hirak", arrêtés.

Ainsi était à nouveau omniprésent dans le cortège algérois le portrait de l'opposant Karim Tabbou, figure de proue de la contestation, en détention, contre lequel un tribunal d'Alger a requis cette semaine quatre ans de prison ferme pour "incitation à la violence", une charge qu'il nie.

Amnesty International a appelé vendredi dans un communiqué les autorités à libérer "immédiatement" les manifestants détenus du "Hirak".

"Toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique doivent être libérées immédiatement et sans condition, et toutes les charges retenues contre elles doivent être abandonnées", a déclaré Philip Luther, un responsable régional d'Amnesty.

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