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La Zambie étourdie par une mystérieuse vague d'attaques au gaz

Lusaka, 17 février, minuit sonne. Dans une petite maison des faubourgs sud de la capitale zambienne, une jeune femme somnole seule devant sa télévision lorsque soudain, une odeur âcre et puissante la prend à la gorge.

"Elle a juste eu le temps de voir quatre hommes s'enfuir", raconte son frère sous couvert d'anonymat. "L'odeur était si forte qu'elle s'est évanouie. Ils avaient diffusé un produit chimique par le trou de la serrure..."

Surpris par le sursaut de leur proie, les malfaiteurs ont détalé sans demander leur reste. Incommodée, la jeune femme a été conduite à la clinique la plus proche.

"Là-bas, il y avait au moins 40 personnes", se souvient son aîné, "toutes se plaignaient d'avoir été gazées".

Cette nuit-là, le township de Chawama a rejoint la longue liste des cibles de gangs criminels qui, depuis plusieurs semaines, sèment la zizanie dans toute la Zambie en attaquant leurs cibles à grands jets d'un mystérieux gaz asphyxiant.

Ces violences ont suscité de vives réactions de la part des populations qui, dans de nombreux cas, se sont fait justice en lynchant leurs agresseurs présumés.

Selon le dernier bilan diffusé par la police cette semaine, les attaques au gaz et, surtout, les représailles qu'elles ont suscitées se sont soldées par au moins 50 morts. Au total, les forces de l'ordre ont recensé dans le pays plus de 650 incidents directement liés aux "gazages".

- 'Crimes terroristes' -

Les premiers cas ont été rapportés en décembre dans le nord du pays, en plein c½ur de la fameuse "Copperbelt", siège des principales mines de cuivre du pays.

A l'époque, plusieurs personnes ont été aspergées d'un gaz asphyxiant et au moins une d'entre elles assassinée dans la foulée puis vidée de son sang. Témoins et policiers évoquent alors la piste de meurtres rituels.

La technique du "gazage" a fait tâche d'huile dans toute la Zambie, reprise par des braqueurs plus "classiques" qui asphyxient leurs victimes avant de les détrousser.

Cette vague criminelle inédite a suscité des ripostes débridées et violentes. Comme le mois dernier à Zingalume, un township de la capitale, où une foule d'hommes en colère a battu à mort un "gazeur" présumé.

Pour calmer les esprits, le président Edgar Lungu a ordonné le mois dernier le déploiement de l'armée dans Lusaka.

Vendredi encore, il a profité d'un discours devant le Parlement pour dénoncer et mettre en garde les auteurs de "gazages", qualifiés "d'ennemis du peuple". "Bientôt, ils seront écrasés et enterrés", a-t-il promis.

"Le gouvernement sait que des chefs traditionnels, religieux ou de la société civile ont ordonné, directement ou indirectement, ces attaques", a pointé du doigt le président, sans livrer plus de détails.

En l'absence de certitudes, le gouvernement agite aussi la piste politique.

Le mois dernier, la vice-présidente Inonge Wina a évoqué des "crimes terroristes" visant à "déstabiliser le gouvernement, troubler l'ordre public et faire peur à la population".

- Haro sur les 'gazeurs' -

Principal rival du président Lungu qu'il accuse de dérive autoritaire, le chef de l'opposition Hakainde Hichilema a nié être lié de près ou de loin aux "gazeurs".

"Nous n'avons rien à voir avec (ça) et refusons que quiconque mente à la police pour nuire à ses adversaires politiques", a-t-il dit, "c'est malheureusement ce que (le parti au pouvoir) fait en suggérant que l'opposition est impliquée".

Ces dernières semaines, la police a déferré devant les tribunaux une vingtaine de "gazeurs" présumés. Leur identité n'a pas été révélée et leurs motivations restent pour l'heure très... fumeuses. 

"Nous avons fait d'importants progrès", s'est contenté d'indiquer le chef de la police, Kakoma Kanganja.

En attendant, le poison de la peur des attaques continue à flotter dans tout le pays.

L'ambassade des Etats-Unis a formellement mis en garde ses citoyens contre les "gazages" et la police zambienne recommandé aux églises évangéliques de renoncer à leurs veillées nocturnes. Quant aux écoles privées du pays, elles n'hésitent plus à fermer leurs classes à la moindre rumeur.  

Depuis quelques jours, le rythme des attaques rapportées par la presse semble s'être singulièrement ralenti. Mais l'inquiétude et la colère des populations persistent.

"Je dois fermer mon salon avant 18h00 mais c'est précisément l'heure à laquelle j'ai le plus de clients", rouspète ainsi un coiffeur de la capitale, John Likumbi, "ces histoires de +gazeurs+ commencent à peser sur mes affaires".

AFP

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