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8mars: la Mauritanienne Dioully Oumar Diallo veut rendre les femmes "actrices de leur sécurité"

Dioully Oumar Diallo entend que les femmes soient "actrices de leur propre sécurité". Après avoir lancé une application pour rendre sûres les courses en taxi, elle a développé des formations d'autodéfense pour les femmes, malgré les pesanteurs de la très conservatrice société mauritanienne.

Après avoir décroché à Dakar un diplôme d'ingénieur en télécommunications, Dioully Oumar Diallo est rentrée en Mauritanie en 2013. Son pays connaît alors un climat particulièrement lourd, après une série d'enlèvements suivis de viols, de tortures et de meurtres, se souvient cette femme de 38 ans.

"J'avais des petites s½urs qui allaient à l'école, je m'inquiétais, ma mère s'inquiétait... Il fallait que je réagisse", dit-elle à l'AFP, à quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes.

En 2015, elle crée Taxi Secure. Cette application gratuite pour smartphone permet d'identifier le taxi grâce à sa plaque d'immatriculation, "d'envoyer un message d'alerte si jamais on sent que le taximan veut nous amener à une autre destination" et de géolocaliser le véhicule, explique-t-elle.

Mais elle se rend compte des limites de Taxi Secure: tout le monde ne dispose pas d'un smartphone connecté.

- "Les griffes des prédateurs" -

Elle se lance alors dans un nouveau projet, "Rim Self Défense". L'idée est de dispenser aux femmes et jeunes filles des formations pour faire face à des agresseurs sexuels. "Il fallait donner aux femmes la possibilité d'être actrices de leur propre sécurité, de s'extraire elles-mêmes des griffes des prédateurs et non d'attendre, souvent en vain, le sauvetage d'un passant", résume-t-elle.

Elle se rapproche donc des salles où sont enseignés le karaté, le judo, le kungfu ou le jujitsu. Mais l'idée que des hommes apprennent les arts martiaux à des femmes passe difficilement dans cette république islamique. L'association se tourne alors vers les rares pratiquantes d'un sport de combat et les forme à transmettre leurs techniques à d'autres femmes.

Les salles d'entraînement sont devenues des espaces d'échange et de sensibilisation sur les questions du mariage précoce et des mutilations génitales, explique Dioully Oumar Diallo, qui milite pour que "cesse l'impunité dont bénéficient les agresseurs sexuels" en Mauritanie.

Un projet de loi sur les violences basées sur le genre, aggravant les peines pour viol et pénalisant le harcèlement sexuel, a été rejeté en 2017 et 2018 par le Parlement.

Les députés ont renâclé sur le concept de "genre", valeur étrangère à la Mauritanie selon eux, sur le droit de voyager sans autorisation du mari ou sur la faculté des organisations d'aide aux victimes à se constituer parties civiles.

Dioully Oumar Diallo a été invitée à présenter son expérience le 6 mars aux "Arabofolies", un festival organisé par l'Institut du Monde Arabe à Paris.

AFP

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