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Villageois tués au Cameroun anglophone: "un malheureux accident" dit l'armée

L'armée a démenti lundi que des militaires aient tué 22 civils dont des enfants il y a trois jours en zone anglophone, assurant que le drame était le résultat d'un "malheureux accident" après des échanges de tir entre forces de sécurité et rebelles sécessionnistes.

Cette version des militaires, qui ne parlent que de "cinq victimes" civiles, a immédiatement déclenché un tollé sur les réseaux sociaux.

Vendredi peu avant l'aube, des hommes armés  - 40 à 50 portant tous des uniformes de l'armée et certains masqués, selon des témoignages recueillis par des travailleurs humanitaires contactés par l'AFP - ont attaqué le quartier de Ngarbuh, dans le village de Ntumbo, puis ont tué par balles et brûlé des habitants. 

Dimanche, un représentant de l'ONU dans la province, avait assuré à l'AFP que 22 civils, dont 14 enfants, une femme enceinte et deux femmes portant des bébés, avaient été tués par "des hommes armés".

L'opposition, ainsi que de nombreuses personnalités d'ONG de défense des droits Humain avaient aussitôt accusé l'armée, certains internautes diffusant d'horribles photos d'enfants aux corps calciné ou mutilés. Ces photos n'ont pas pu être authentifiées par l'AFP.

L'armée a catégoriquement démenti lundi, plus de trois jours après le drame. "Il s'agit tout simplement d'un malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation dans la région", a expliqué à l'AFP et dans un communiqué le porte-parole de l'armée, le colonel Cyrille Atonfack Guemo.

- Explosion de carburant -

Selon lui, quatre militaires et deux gendarmes qui effectuaient une "reconnaissance nocturne à pied" près d'une habitation "transformée en camp fortifié" et en stock d'armes, ont essuyé des "tirs nourris". "Sept terroristes" ont alors été mis "hors d'état de nuire" lors de cette opération, selon lui.

Mais "les combats vont se poursuivre jusqu'à l'explosion de plusieurs contenants de carburant, suivie d'un violent incendie qui va affecter quelques habitations voisines", poursuit le colonel Atonfack, ajoutant: "Cet incendie a fait 5 victimes, dont une femme et 4 enfants, bien loin de ce qui est relayé dans les réseaux sociaux".  

"Ils ont tiré sur les gens et brûlé des victimes, leurs corps sont dans un horrible état", a assuré, sous couvert de l'anonymat, un travailleur humanitaire qui a recueilli des témoignages.

"Les gens nous ont appelés au téléphone pour dire que des militaires sont venus et ont cassé les portes, tiré sur ceux qui se trouvaient sur place et brûlé des maison", a affirmé lundi à l'AFP Louis Panlanjo, habitant de Ntumbo et membre d'une ONG locale. Environ 800 villageois "ont quitté les lieux pour se réfugier dans le centre ville", a-t-il ajouté lundi.

D'autres sources évoquent un bilan mortel bien plus élevé: l'avocat et militant des droits de l'Homme Agbor Felix Nkongho, parle de 32 civils tués. Un habitant, qui a requis l'anonymat, affirme que 35 corps ont été retrouvés et accuse l'armée, dans un entretien téléphonique avec l'AFP.

- "Monstres" - 

Largement critiqué pour son mutisme, Yaoundé est finalement sorti du silence trois jours après le drame. "Cela nous a pris tout le week-end pour enquêter, c'est pour cela que nous ne réagissons qu'aujourd'hui", a plaidé le colonel Atonfack auprès de l'AFP.

Mais pour plusieurs personnalités, la version de l'armée passe mal. " Incroyable!!!!!!!!!! Mais qui sont ces monstres ?!?!? Qui sont-ils ?!?!? D'où sortent-ils ?!?!", s'est émue sur Twitter l'opposante Edith Kah Walla, candidate à la présidentielle en 2011. "Après avoir nié le massacre, voilà comment l'armée traite les vies humaines", a-t-elle encore tweeté. 

Pour le célèbre blogueur camerounais Florian Ngimbis "le déroulé des opérations tel que relaté fait plus penser à un mauvais scénario de série Z ", écrit-il sur le réseau social, assénant: "Ce serait drôle si les circonstances n'étaient pas si dramatiques".

L'armée camerounaise comme les séparatistes armés sont accusés par des ONG internationales de défense des droits Humains de commettre des exactions et des crimes contre des civils dans les deux régions anglophones.

Ces dernières semaines plus de 100 personnes avaient été enlevées dans la zone par des rebelles, selon Human Rights Watch (HRW) qui a accusé les forces de sécurité d'avoir commis de "nouveaux abus" dans la même période. 

Ce conflit a déjà fait plus de 3.000 morts et 700.000 déplacés en trois ans dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest peuplée principalement par la minorité anglophone camerounaise. 

Lundi, le procès de sept militaires accusés d'avoir froidement exécuté en 2015 dans le nord du pays deux femmes et leurs bébés, ajourné à de nombreuses reprises ces derniers mois, a repris à Yaoundé. Dans cette région, l'armée combat depuis 2014 le groupe jihadiste Boko Haram qui multiplie les attaques meurtrières.

A l'époque de ces assassinats, révélés par une vidéo, le gouvernement avait parlé de "fake news" et d'"horrible trucage", avant de se rétracter et arrêter les sept militaires.

gir-rek-jbk-cma/stb

AFP

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