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Otages: la traque se poursuit au Nigeria, des Français quittent le nord du Cameroun


Des policiers et soldats camerounais autour du 4x4 des touristes français enlevés le 19 février 2013 au Cameroun, près de la frontière avec le Nigeria AFP -

Les forces nigérianes poursuivaient vendredi la traque des ravisseurs des sept otages français, au moment où des expatriés commençaient à quitter l'extrême nord du Cameroun classé "zone rouge" depuis leur rapt mardi.

Une "vaste chasse à l'homme" est lancée, a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police nigériane, Frank Mba, sans donner davantage de précisions sur les opérations en cours.

Les sept otages français seraient détenus par leurs ravisseurs en deux groupes dans le nord-est du pays. Depuis jeudi, les forces nigérianes concentrent leurs recherches dans ce secteur, frontalier avec le Cameroun, où la famille a été enlevée mardi

Les otages n'ont pas encore été localisés, a toutefois souligné une source sécuritaire nigériane.

La priorité est "d'abord d'identifier la place exacte où (les otages) seraient retenus, sans doute en deux groupes", avant d'envisager "comment nous pourrions les faire libérer dans les meilleures conditions", a déclaré jeudi le président français François Hollande.

 "Nous sommes en pleine coopération avec les autorités nigérianes et camerounaises pour localiser l'endroit où seraient retenus nos ressortissants", a-t-il précisé.

Des gendarmes et militaires français sont arrivés mardi au Cameroun pour aider à l'enquête, "en accord et en étroite coordination avec la police camerounaise", selon le ministère français de la Défense.

Au même moment, des expatriés, notamment français, ont commencé à quitter l'extrême-nord du Cameroun classée "zone rouge", après l'enlèvement des sept ressortissants français, dont quatre enfants.

"Des coopérants et agents d'ONG internationales sont en train de quitter la ville (de Maroua, principale ville de l'extrême nord)", a affirmé à l'AFP un chercheur français établi dans la ville depuis environ 20 ans, Henri Tourneux.

Après la qualification de la région comme "zone rouge", la ministère français des Affaires étrangères français a appelé "les ressortissants français qui se trouveraient actuellement dans l'extrême nord du Cameroun" à "impérativement se mettre en lieu sûr et quitter la zone au plus vite"

Les occidentaux, Français notamment, "partent de Maroua pour Garoua et Ngaoundéré (deux villes du nord où la menace semble moins importante", selon M. Tourneux.

"Les gens sont catastrophés"

"Il y a deux jours, des jeunes travailleurs français sont partis par dizaine", a-t-il précisé, soulignant que "les gens sont catastrophés parce qu'on a atteint un point de non retour (avec le rapt de Français)".

En outre, la police camerounaise mène des actions de ratissage dans les quartiers où des contrôles de motos sont effectués.

Des mesures de sécurité ont été renforcée, en particulier à Maroua et notamment dans des lieux fréquentés par les Français.

Et des soldats du très redouté Bataillon d'Intervention rapide (BIR), unité d'élite de l'armée camerounaise serait sur place, selon le quotidien privé Mutations.

"Avant cet événement malheureux, on parlait du Cameroun comme d'une Afrique en miniature. Nous avons pris toutes les mesures pour que ça ne se répète plus", assure quant à lui le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary.

Les sept Français enlevés - une famille avec quatre enfants âgés de 5 à 12 ans accompagnée d'un oncle - ont été enlevés mardi dans le nord du Cameroun, où ils faisaient une excursion en 4X4 dans le parc naturel de Waza.

Selon les autorités camerounaises, les ravisseurs les ont emmenés ensuite au Nigeria, dont la frontière est toute proche. Dans cette région, les frontières sont poreuses entre le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Niger.

La famille Moulin-Fournier est expatriée au Cameroun depuis un peu plus d'un an, le père, Tanguy, est cadre pour GDF-Suez à Yaoundé.

Jeudi, le gouvernement français a clairement démenti les informations faisant état de leur libération, annoncée par une source militaire camerounaise.

Il s'agit du premier enlèvement de Français depuis le début de la guerre lancée par la France le 11 janvier au Mali pour déloger des groupes islamistes armés qui occupaient le nord du pays sahélien. L'un d'eux, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), a depuis menacé Paris de représailles,

Quinze Français sont actuellement détenus en otages en Afrique. Longtemps, les Américains ont été la cible préférée des preneurs d'otages, notamment au Proche-Orient, en Afghanistan et au Pakistan.. Avec neuf otages, les États-Unis cèdent à la France le titre de pays occidental le plus visé par les enlèvements dans le monde.

L'enlèvement de la famille Moulin-Fournier n'a pas été revendiqué, mais le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a mis en cause mercredi le groupe islamiste Boko Haram, très actif dans le nord-est du Nigeria, et auteur de nombreux attentats meurtriers dans ce pays.

Boko Haram affirme combattre pour la création d'un Etat islamique au Nigeria, mais ses revendications ont déjà changé plusieurs fois et des bandes criminelles agissent aussi en se faisant passer pour des membres du groupe radical.

Un autre groupe islamiste nigérian, qui pourrait être une faction de Boko Haram, Ansaru, a pour sa part revendiqué l'enlèvement d'un ingénieur français dans le nord-ouest du Nigeria en décembre et celui de sept étrangers le week-end dernier dans l'Etat de Bauchi (nord). Les enlèvements contre rançon par des bandes criminelles sont fréquents au Nigeria