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Une église protestante incendiée à Zanzibar, 48h après le meurtre d'un prêtre


Vue de Zanzibar AFP/Archives Gabriel Bouys

Une église évangélique en construction de l'archipel tanzanien de Zanzibar, essentiellement musulman, a été incendiée mardi, sans faire de victimes, 48 heures après le meurtre d'un prêtre catholique, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'église "a été incendiée aux environs de 03H30 (00H30 GMT) par des inconnus. Il n'y a pas eu de victimes et le feu a pu être éteint", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police de l'archipel semi-autonome, Mohamed Mhina.

Le mobile des incendiaires - religieux ou autre - n'était pas connu dans l'immédiat, selon la police qui n'avait procédé pour l'heure à aucun arrestation.

La police a annoncé qu'elle allait "surveiller toutes les églises pour éviter de nouveaux incidents du genre".

Selon un policier sur place, les incendiaires sont entrés dans l'église évangélique Siloam, un bâtiment rudimentaire - murs en parpaings et toit de tôle ondulée posé sur une charpente en bois - , et ont rassemblé la trentaine de chaises de la nef sur l'autel avant d'y mettre le feu.

Les dégâts sont relativement mineurs. Le faux-plafond en contreplaqué situé au-dessus de l'autel et le mur du fond étaient largement noircis de fumée et partiellement abîmés.

L'église Siloam, située à Kianga, à une trentaine de km de Zanzibar Town, capitale de l'archipel, avait été démolie en janvier 2012 par un groupe d'hommes non identifiés, sans que leurs motifs soient éclaircis: attaque à caractère religieux ou différend foncier.

Dimanche matin, le père Evarist Mushi, un prêtre catholique, a été tué par balle par deux inconnus devant son église de Stone Town, quartier historique de la capitale de l'archipel. Au moins trois suspects ont été arrêtés par la police, qui a qualifié le meurtre d'"attaque terroriste".

Le jour de Noël, un autre prêtre catholique, le père Ambrose Mkenda, avait été blessé par balle à Stone Town.

Lundi, l'archévêque de Dar es Salaam, le cardinal Polycarp Pengo, avait critiqué l'inaction de la police après l'attaque de Noël, soulignant que des tracts diffusés à la même époque appelaient à attaquer les églises.

Ces tracts réclamaient la libération des chefs de l'Uamsho (Réveil), une association musulmane locale, arrêtés pour incitations à la violence et troubles à l'ordre public, mais celle-ci a nié en être l'auteur.

"Les forces de l'ordre auraient dû mener des enquêtes appropriées pour prévenir les actes de violence", a déclaré Mgr Pengo, estimant aussi que les églises auraient dû être protégées par la police.

Le prélat a parallèlement appelé les catholiques au calme, rappelant que "l'esprit de vengeance est contraire à notre foi chrétienne".

Les Chrétiens - catholiques et protestants - sont une petite minorité évaluée à mois de 3% des quelque 1,2 million d'habitants de Zanzibar, en quasi-totalité musulmans.