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L'Afrique du Sud a un vrai problème avec les femmes et les armes

Il est toujours surprenant d’apprendre qu’un athlète mondialement connu a tiré quatre balles sur sa petite amie âgée de
29 ans. L'Afrique du Sud est sous le choc. Le héros national, l'athlète
paralympique médaillé d'or, Oscar Pistorius, a perdu en moins de 24 heures l’aura
dont il bénéficiait dans la société sud-africaine. Surnommé le Blade Runner, Oscar Pistorius était devenu l’emblème et le
représentant d’une Afrique du Sud pugnace et audacieuse. Car il
a dû lui-même faire preuve d’audace pour
devenir le premier sprinter paralympique capable de rivaliser avec les
athlètes valides aux Jeux olympiques de Londres 2012.

Mais la surprise s’arrête là. Pour les Sud-Africains, le
meurtre de Reeva Steenkamp n’est que l’énième symptôme de leur obsession
morbide pour les armes à feux.

L'ONG Gunpolicy.org estime qu'il y a 6
millions d'armes en circulation en Afrique du Sud.

Qu’ils soient noir ou blanc, des millions de Sud-Africains
gardent des armes dans leurs maisons par crainte des cambriolages. Beaucoup disent
qu'ils vivent dans la peur de la criminalité, notamment à Johannesburg toujours
considérée comme l'une des cinq villes les plus dangereuses au monde. Les armes à
feux y sont largement utilisées dans les crimes les plus communs: dans 77% des
vols de maisons et 87 % des vols d'affaires.

Pour répondre à cette insécurité, les Sud-Africains des classes moyennes
embauchent des agents de sécurité pour surveiller leurs maisons,
construisent des murs, installent des clôtures
électriques. Une grande partie préfère se barricader que d’attendre la protection de policiers jugés incompétents et
corrompus, note le Global Post.  

En 2012, Oscar Pistorius écrivait sur Twitter qu’il avait
pris les roulements de la machine à laver pour un cambrioleur. Armé, il entra
dans la buanderie en mode combat pour déloger le voleur invisible.

 Nothing like getting home to hear the washing machine on and thinking its an intruder to go into full combat recon mode into the pantry! waa— Oscar Pistorius (@OscarPistorius) November 27, 2012

«Il n'y a rien de pire que de rentrer chez soi, d'entendre la machine à laver, de penser qu'il s'agit d'un intrus et de se jeter dans la buanderie en mode combat! waa», écrivait le champion.Vestige des pages les plus brutales de l’époque de l’apartheid, la violence régit avec force la société, les rapports entre les hommes et les femmes. Plus de 65.000 viols sont signalés chaque année et 71% des femmes déclarent avoir été victimes d’abus sexuels.Il y a quelques jours, l’Afrique du Sud s’épouvantait devant l’histoire d’Anene Booyson, une jeune fille de 17 ans violée puis mutilée à mort à Bredasdorp, une petite ville  rurale au sud-est de Cape Town.«Nous devons composer avec le fait que nous vivons dans une société où il y a une relation inégale entre les hommes et les femmes, a déclaré la leader de l’opposition Lindiwe Mazibuko. Les hommes se comportent comme si les femmes étaient leur chose avec laquelle ils peuvent faire ce qu'ils veulent.»N.BLu sur Slate.comThe GuardianCNNMail and GuardianGlobal Post