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Nigeria: les attaques n'empêcheront pas la lutte contre la polio, selon les autorités


Une femme vaccine un enfant contre la polio dans le cadre d'une campagne officille dans la région de Kano, au nord du Nigeria, le 13 février 2013 AFP Ben Simon

Les autorités nigérianes veulent poursuivre dès ce jeudi les campagnes de vaccination contre la poliomyélite, malgré les attaques mortelles qui ont visé des cliniques pratiquant la vaccination contre cette maladie, a affirmé le secrétaire d'Etat à la santé.

A Kano, dans le nord du pays, où les attaques ont fait dix morts le 8 février, le secrétaire d'Etat nigérian à la santé, Muhammad Ali Pate, a déclaré aux autorités et aux chefs traditionnels que le gouvernement n'abandonnerait pas.

"Nous devons continuer la tâche pour laquelle ils ont été tués en protégeant les enfants d'une maladie dont on peut se prémunir", a déclaré M. Pate, qui coordonne la lutte contre la polio au Nigeria.

"Ce regrettable évènement ne doit pas nous empêcher de continuer notre lutte pour l'éradication de la polio, non seulement dans l'Etat de Kano mais dans tout le pays", a renchéri le gouverneur adjoint de l'Etat de Kano, Abdullahi Umar Ganduje.

L'Etat va donc renforcer les campagnes de prévention et de vaccination pour accélérer le processus d'éradication de la maladie, a-t-il ajouté.

Le frère d'une mère de sept enfants tuée dans les attaques a estimé que sa mort serait vaine si les campagnes contre la polio étaient stoppées.

"Cela ne doit pas stopper le programme de lutte contre la maladie", a dit à l'AFP Mairiga Abdulazeez. "Ma soeur est morte en rendant service à sa communauté et je suis fier de cela, même si sa mort est choquante et difficile à accepter", a-t-il poursuivi.

Des hommes armés ont attaqué deux cliniques où des responsables de la vaccination contre la polio étaient rassemblés le 8 février et ont tué 10 personnes.

Les attaques faisaient suite à la diffusion sur une radio locale, Wazobia FM, d'un reportage renouvelant les critiques selon lesquelles de nombreuses vaccinations étaient faites de force et que celles-ci faisaient partie d'une conspiration de l'Occident contre les musulmans.

La théorie selon laquelle le vaccin anti-polio rend les musulmans stériles est très répandue dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman. Elle a souvent été relayée par les politiciens locaux et les responsables religieux, rendant difficiles les efforts réalisés pour enrayer la propagation de la maladie.

Deux journalistes et un imam nigérians ont été libérés sous caution jeudi après avoir été inculpés pour avoir propagé ces théories.

Le Nigeria est, avec le Pakistan et l'Afghanistan, l'un des trois pays au monde où la polio reste endémique.

On ignore encore qui est responsable des attaques du 8 février et rien ne permet pour l'instant d'établir un lien direct entre celles-ci et l'émission de Wazobia FM.

Le groupe islamiste Boko Haram a mené plusieurs attaques à Kano, mais des bandes armées liées à des politiciens locaux opèrent également dans la ville.