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Station de radio à Mogadiscio, le 8 décembre 2012. Tobin Jones/Reuters
Station de radio à Mogadiscio, le 8 décembre 2012. Tobin Jones/Reuters

Radio Mangembo, radio libre congolaise

La Journée mondiale de la radio nous donne l'occasion de vous faire découvrir Radio Mangembo, la voix de la diaspora congolaise en France.

C’est une petite casbah plantée aux pieds d’une cité de Melun, dans la banlieue sud-est parisienne.

C'est aussi un ancien local à vélos qui se ferme, la nuit venue, en tirant un simple rideau de fer. Le fronton —«radio du sud Seine-et-Marne»— indique une station de quartier. Une station «avec une touche afropolitaine», comme l'explique son directeur Joseph Pululu.

A l’intérieur, deux pièces remplies de bric et de broc. Quelques canapés usés qui prennent bien trop de place. Une longue table à laquelle on imagine, accoudés, des invités congolais de marque, lancés dans un débat explosif.

C’est le soir, la dernière émission de la journée vient de se terminer. Les micros sont encore chauds. D'un poste de radio s’échappe un air de rumba congolaise.

Assis, un journal en mains, Joseph Pululu —ancien ingénieur dans l’industrie automobile devenu prix Médias des diversités en 2007— se lève d’un bond pour accueillir le visiteur qui s’est fait attendre. Tout en lui dégage la passion.

Ce Congolais de Kinshasa est le fondateur de Radio Mangembo, la voix du Congo à Melun et à Savigny-le-Temple, qui réunit selon une étude Médiamétrie environ 7.000 auditeurs par jour.

Bana Ba Congo, ici Paris

Depuis douze ans, la petite station fait son bonhomme de chemin, jongle entre informations locales, magazines d’analyse de l’actualité, programmes musicaux, émissions prodiguant des conseils aux familles de la commune.

En déplacement pour un concert dans la région, les stars de la musique congolaise Papa Wemba et Koffi Olomidé sont toujours reçues comme chez elles dans la station aux pieds des grandes tours.

Au départ, le pari est d’ouvrir l’antenne aux populations des deux Congo et d’Angola, très nombreuses dans le secteur. Joseph perçoit un malaise: ces familles, on a tendance à les regrouper ensemble, à les ghettoïser. La diversité, dans la cité de Melun, il faut vraiment aller la chercher.

Les instituteurs et les parents d’élèves, en particulier, ne se comprennent pas. Joseph veut en quelque sorte offrir des clefs de compréhension aux deux parties.

«Il fallait donc créer une radio qui permette d’instaurer un dialogue».

De fil en aiguilles, la radio s'est diversifiée. L’actualité y a une place majeure. Ces derniers jours, la démission du pape Benoît XVI a, par exemple, nourri les débats à l’antenne.

Plutôt que de se demander si le prochain pape allait être «noir», les invités de Radio Mangembo ont préféré parler des représentants de l’église au Congo «qui ne vivent pas assez en phase avec le reste de la population».

L'élection présidentielle de 2011 au Congo-Kinshasa? Ils étaient deux membres de l’équipe à couvrir le scrutin sur place. 

Patience africaine

Passerelle entre la France et l'Afrique, Radio Mangembo se propose d'explorer les informations africaines en France, et de porter un regard africain sur l'actualité française. Marie présente ainsi une émission en lingala (l'une des langues les plus parlées du pays), qui revient sur les grands débats de l’actualité française. Au programme cette semaine, le Mariage pour tous.

En utilisant le medium de la langue d’origine deux fois par semaine «on reconnecte les diasporas à l’actualité du pays dans lequel elles vivent», explique Joseph.

«Les gens ne parlent pas forcément un français parfait. Si on revient sur l'actualité du monde en lingala, ils ne passeront donc pas à côté d’informations essentielles.»

Radio Mangembo est aussi écoutée par les habitants des deux Congo sur Internet. Et les débats de la banlieue parisienne passionnent les Congolais, selon Joseph, car beaucoup ont de la famille à Melun ou dans une commune proche.

Audible donc jusqu’aux deux Congo grâce à la magie d’Internet, la radio de Joseph Pululu a du mal, en revanche, à dépasser les frontières de Melun. Joseph a beau poser sa candidature à l'attribution de nouvelles fréquences, celles-ci lui passent trop souvent sous le nez. Cela vaudrait pourtant le coup d’être écouté à Paris ou dans l’Essonne.

«Nous sommes là parce qu’il y a des gens qui aimeraient écouter autre chose. Il faut permettre à une radio comme la nôtre de se développer, insiste-t-il avant d'ajouter: J’ai ramené avec moi ma patience d’Africain, je sais attendre. Mais la nouvelle génération saura-t-elle faire preuve de la même patience?»

Lou Garçon

 

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