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Au Caire, une teinturerie artisanale subsiste depuis 120 ans

Dans le quartier de Darb al-Ahmar (vieux Caire islamique), Salama Mahmoud, propriétaire de l'une des dernières teintureries artisanales de la capitale égyptienne, perpétue un savoir-faire transmis de génération en génération depuis près de 120 ans.

Dans une atmosphère baignée de vapeur, des ouvriers démêlent de longs fils de coton, les suspendent sur des perches en bois puis les font tremper dans de grandes bassines, remplies d'eau et de teinture fumantes.

Du coton à la soie, en passant par le polyester ou la laine, la teinturerie --qui a ouvert ses portes en 1901-- traite "tous les types de fibres" utilisés dans l'industrie textile, de la chaussure ou de la tapisserie, explique fièrement Mohamed Kamel, gendre du propriétaire avec qui il travaille depuis sept ans.

"On aplanit d'abord les fils de coton puis on les trempe dans la teinture. Ensuite, on aère, on essore, on enroule puis on étend les fils (pour les faire sécher) avant de les plier et de les envoyer" aux clients, ajoute-t-il.

Parmi les 23 teintureries artisanales de la capitale égyptienne, la petite fabrique de M. Mahmoud est l'une des dernières encore en activité.

L'atout de la fabrique est de pouvoir ajuster sa production à de petites quantités de fils (jusqu'à un demi-kilo) là où les grandes teintureries industrielles "teignent des quintaux, voire des tonnes" de tissu d'un coup.

Comparant sa manufacture aux teintureries industrielles, M. Mahmoud, âgé de 83 ans et propriétaire des lieux depuis 1974, affirme que "c'est le savoir-faire qui fait la différence".

Bien que le vieil artisan se félicite d'avoir des clients partout en Egypte, au Soudan et "même une dame qui vient des Etats-Unis", il regrette la concurrence des produits chinois à bas prix qui dominent le marché.

"Un pull-over fabriqué avec nos fils coûte 200 livres égyptiennes (11,5 euros) alors qu'un pull chinois coûte 20 ou 30 livres (2 euros)", ajoute-t-il.

Les prix de la teinture, importée des quatre coins du monde, ont aussi "considérablement augmenté", compliquant le quotidien de son entreprise, explique M. Mahmoud. 

Pour réduire ses coûts de production, l'artisan s'est mis à utiliser le bois, plutôt que l'essence, comme combustible dans sa fabrique.

Néanmoins confiant, l'octogénaire affirme avec orgueil que son métier "ne disparaîtra jamais". "Il disparaîtra lorsqu'on se mettra à sortir tout nus dans la rue", lance-t-il avec humour. 

AFP

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