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Le débat présidentiel du 11 février 2013.REUTERS/Stringer
Le débat présidentiel du 11 février 2013.REUTERS/Stringer

Présidentielle kényane: les grands enjeux du scrutin

Le premier débat télévisé entre les candidats à la présidentielle kényane a mis en lumière la stratégie d'Uhuru Kenyatta, l'un des favoris du scrutin.

Dans l’ambiance feutrée d’une école privée de Nairobi, le journaliste Linus Kaikai, modérateur du premier débat télévisé de l’histoire du Kenya, n’a pas pris de gants.

Face aux huit candidats à l’élection présidentielle du 4 mars 2013, l'intervieweur vedette à immédiatement lancé les concurrents sur un thème qui hante le Kenya depuis les violences postélectorales de 2007: le tribalisme.

Dans un pays où 14 millions d’électeurs sont appelés à se rendre aux urnes, l’ethnie fait force de loi en matière de vote. D’ailleurs, depuis l’indépendance en 1963, ce sont quasi-exclusivement des Kikuyu, l’ethnie majoritaire, qui ont tenu les rênes du pays. L’actuel président Mwai Kibaki est le dernier de la série, quand Jomo Kenyatta en fut le premier, en 1964.

Au milieu des huit candidats, parmi lesquels Martha Karua la première femme kényane à se présenter au scrutin national, Uhuru Kenyatta et Raila Odinga, respectivement fils du premier président et vice-président de la première puissance économique d’Afrique de l’Est, sont de loin les favoris des sondages.

Mais pour plusieurs raisons, Uhuru, fils de Jomo, semble le mieux placé pour succéder remporter le scrutin.

L'ombre du tribalisme

«Uhuru Kenyatta a avec lui la plus large ethnie du Kenya, et il s’est allié avec William Ruto, qui est le leader de la communauté des Kalenjin, la troisième plus importante du pays avec 4,9 millions d’habitants, pour cette élection», indique Abdullahi Boru, analyste de la scène politique kényane pour International Crisis Group.

«Cela ne sera sans doute pas suffisant pour atteindre la majorité absolue au premier tour, mais leur coalition est favorite en cas de second tour.»

Le dernier sondage, réalisé le 30 janvier par l’institut Ipsos Synovate, donne Raila Odinga en tête des intentions de vote au premier tour avec 44% des voix contre 40% pour le leader de la coalition Jubilee. Mais Uhuru Kenyatta est donné vainqueur au second tour.

Uhuru Kenyatta est poursuivi pour crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI), qui l'accuse d'avoir diligenté des violences lors de la crise postélectorale de 2007. Lors du débat, il lui a été demandé s'il craignait une récupération tribale de cetta affaire.

«Le tribalisme est un cancer qui a affecté notre pays pendant de nombreuses décennies, a-t-il répondu. Il a été une source de conflit, une source de mort.»

Avant d'affirmer que les Kényans devaient s’identifier à un candidat pour ses idées, son programme et non ses origines.

Uhuru Kenyatta le 30 janvier 2013 dans les rues de Nairobi. REUTERS/Noor Khamis.
 

«Il dirigera le gouvernement via Skype»

La seconde partie du débat du 11 février a ressemblé à une deuxième épreuve pour Uhuru Kenyatta. Une dure partie de manivelles débute quand le modérateur Linus Kaikai sonde l’opinion des différents candidats au sujet de la comparution du leader de la coalition Jubilee devant la CPI en avril prochain.

«Je crois que cela va être un sérieux défi pour lui de diriger le gouvernement via Skype depuis la Haye», lance à l’assemblée son rival Raila Odinga.

Léger flottement dans le public et sur le plateau. 

«La fonction que je cherche à obtenir me sera donnée par le soutien des habitants du Kenya qui connaissent parfaitement l’issue personnelle à laquelle je suis confronté», lui rétorque sans faillir Uhuru Kenyatta.

 

Pour Abdullahi Boru, l’inculpation d’Uhuru Kenyatta par la CPI ne jouera pas forcément en sa défaveur.

« Les Kényans n’ont pas forcément en tête les conséquences à l’internationale que pourrait avoir son élection à la présidence (…) Et puis, dans sa communauté les gens pensent que Kenyatta est victimisé par la CPI. Ils y voient une intrusion de l'occident, qui leur rappel l’emprisonnement de Jomo Kenyatta par les Britanniques lors de la guerre d’indépendance. »

L’héritage de Jomo Kenyatta

Dans un pays où Jomo Kenyatta reste une icône, un héros, Uhuru n’a qu'à se baisser pour ramasser les bénéfices de son héritage.

«Si l’on regarde la réalité historique, Uhuru Kenyatta ne reprend presque rien des idées de son père. Mais dans son discours, parce que c’est facile, Uhuru affirme qu’il est l’héritier de Jomo et cela semble fonctionner pour lui politiquement», note Abdullahi Boru, par ailleurs ex-journaliste pour la BBC à Nairobi.

Mais jamais le père de la nation n’avait eu à mesurer sa popularité dans les urnes, jusqu’à sa mort en 1978.

Camille Belsoeur

Camille Belsœur

Journaliste français.

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