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La Guinée dans l'attente d'une date pour un référendum constitutionnel

Le président guinéen Alpha Condé devrait fixer sous peu la date d'un référendum constitutionnel, malgré l'intense contestation contre ce que l'opposition dénonce comme une manoeuvre de sa part pour briguer un troisième mandat fin 2020.

Ce référendum pourrait être couplé avec les législatives prévues le 16 février, a indiqué à un correspondant de l'AFP une source proche de la présidence sous couvert d'anonymat. L'opposition a jugé possible que ses craintes soient officiellement confirmées dès vendredi soir.

Une telle décision risque d'accroître les tensions déjà vives dans ce pays de 13 millions d'habitants, pauvre malgré d'importants ressources minières. Des troubles ont encore fait trois morts jeudi.

Le conseil des ministres a proposé jeudi au président de fixer "une date appropriée (pour la) tenue du référendum", a indiqué le gouvernement dans un communiqué. Le calendrier fera l'objet d'un décret présidentiel, a-t-il souligné.

"Nous allons vers un couplage" des législatives et du référendum, s'est insurgé l'ex-Premier ministre Sydia Touré, un des chefs de l'opposition. Le communiqué du conseil des ministres "est fait pour que vous ayez aujourd'hui (vendredi) un décret. C'est une manière de jeter de l'huile sur le feu", a-t-il dénoncé devant la presse.

La Guinée est le théâtre depuis mi-octobre de protestations contre le projet prêté de longue date au président, élu en 2010 et réélu en 2015, de chercher à se succéder fin 2020.

L'opposition a été confortée dans ses inquiétudes en décembre quand M. Condé a dit son intention de soumettre aux Guinéens un projet de nouvelle Constitution.

L'actuelle Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels. L'avant-projet de nouvelle Constitution divulgué en décembre maintient cette limite. Mais l'opposition soupçonne qu'une nouvelle Constitution serve à M. Condé pour remettre son compteur présidentiel à zéro.

- "Calme et sécurité" -

M. Condé garde le silence sur ses intentions. Mais l'éventualité d'un troisième mandat a fait descendre à plusieurs reprises dans la rue des dizaines, voire des centaines de milliers de Guinéens à l'appel d'un collectif de partis d'opposition, de syndicats et de membres de la société civile.

Le mouvement a été plusieurs fois durement réprimé et s'est accompagné de troubles à travers le pays. Au moins 26 civils et un gendarme ont été tués depuis mi-octobre.

Les défenseurs des droits de l'homme dénoncent un usage excessif de la force de la part des forces de sécurité et une impunité quasiment totale. Les tensions sont montées d'un cran mi-janvier avec l'appel du collectif à une mobilisation "illimitée". Ces derniers jours, des affrontements ont mis aux prises jeunes et forces de sécurité dans différentes villes, des gendarmeries et des bâtiments publics ont été saccagés.

Le président a demandé à ses ministres de "prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de restaurer le calme et la sécurité", a indiqué le gouvernement.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), le collectif qui mène le mouvement, l'a accusé vendredi "d'entraîner la Guinée dans un chaos aux conséquences irréversibles".

"Il ne faut plus prendre des gants avec un président/chef des armées dont les forces de défense et de sécurité tirent à bout portant sur des citoyens désarmés, y compris des enfants, (et) tirent sur les corbillards et les ambulances", a-t-il dit dans un communiqué faisant référence à la mort d'un ambulancier tué dans des circonstances contestées la veille à Labé (centre).

La communauté internationale s'inquiète des risques d'escalade dans un pays coutumier des protestations et des répressions brutales. En Côte d'Ivoire voisine, elle guette aussi la décision d'un autre sortant, Alassane Ouattara, qui, à 78 ans, entretient le mystère sur une éventuelle candidature à un troisième mandat fin 2020.

Opposant historique qui connut l'exil et la prison, M. Condé, 81 ans, a été le premier président démocratiquement élu en 2010. Son avènement a marqué l'instauration d'un gouvernement civil après des décennies de régimes autoritaires et militaires. L'opposition dénonce toutefois une dérive "dictatoriale" de sa part.

AFP

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