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Nigeria: la vie des chercheurs d'or chez les "bandits"

Chaque matin depuis qu'il a 12 ans, Biltamnu Sani se lève bien avant l'aube, avant que le soleil ne vienne brûler la terre, pour disparaître dans les profonds tunnels poussiéreux creusés dans le nord du Nigeria. 

Aujourd'hui, Biltamnu a 26 ans et tous les jours, il cherche de l'or.

"C'est un travail très difficile, mais c'est notre gagne-pain", raconte le jeune homme au milieu de tas de cailloux et des herbes sèches de l'Etat de Zamfara. 

Depuis des générations, la terre riche en minéraux offre aux familles de cette région aride un maigre moyen de subsistance. Au prix de leur sécurité et de leur santé. 

En effet, depuis quelques années, leur activité devient de plus en plus dangereuse et risquée, à cause des retombées environnementales et des groupes lourdement armés qui terrorisent le nord-ouest du pays. 

Ces groupes - surnommés "bandits" au Nigeria -, essentiellement composés d'éleveurs nomades peuls, ont mené des actes de criminalité mineurs pendant des décennies, volant notamment des têtes de bétail. 

Désormais, profitant du trafic d'armes à travers le Sahel depuis la Libye et du vide sécuritaire et étatique de la zone, ils mènent des exactions dans les villages, tuant, pillant et kidnappant les habitants en échange de rançons. 

Les violences entre bandits et milices d'autodéfense des villageois ont fait plus de 1.000 morts en 2019, selon les estimations du gouvernement local de Zamfara. 

Au coeur de cette bataille, les mines d'or artisanales, une des rares sources fiables de revenus dans un pays où 70% des 200 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et dont l'économie dépend presque exclusivement de son pétrole.

Depuis quelques années, les chercheurs d'or artisanaux sont contraints de partager leurs bénéfices avec les groupes armés, sous la menace. 

En échange des bénéfices, les bandits assurent la "protection" des mines artisanales et officiellement fermées par les autorités.  

- Mines clandestines -

En effet, le gouvernement fédéral a interdit tout l'orpaillage dans l'Etat de Zamfara, dans le but d'assécher les sources de revenus des bandits. 

Mais si les exploitations industrielles souffrent directement de cette directive, les mines clandestines, dont les revenus sont encore plus difficilement traçables, continuent à fonctionner. 

L'Etat de Zamfara a signé un accord de paix controversé avec les bandits et les milices d'autodéfense, et depuis cinq mois, le calme est plus ou moins revenu. Mais la situation reste fragile et l'orpaillage continue. 

"Il y a certains endroits - dans l'Etat -, si tu les traverses, tu te fais aussitôt tirer dessus", assure Ayuba Muhammed, secrétaire général du syndicat des orpailleurs. 

Les mines clandestines sont situées dans des zones particulièrement reculées et loin des zones quadrillées par les forces de sécurité, montrées du doigt pour la corruption qui gangrène leurs rangs. 

"Dans certaines exploitations que vous voyez, les mineurs ont des arrangements avec les bandits qui les autorisent à rester", poursuit Ayuba Muhammed. 

- Empoisonnement au plomb -

Un autre grand danger auquel sont confrontés les mineurs artisanaux est le risque sanitaire d'empoisonnement au plomb. 

Dans cette région, les sous-sols sont riches en plomb, substance toxique qui est en contact direct avec les mineurs lorsqu'ils brisent les pierres pour en extraire le précieux métal.

Le plomb est respiré, s'accroche aux mains et se propage sur les sols.  

Des centaines d'enfants, qui travaillent eux-mêmes dans les mines ou y sont exposés dans leur domicile, sont morts d'empoisonnement au plomb les 10 dernières années, rapporte le personnel de Médecins sans Frontières (MSF) à Anka, petite ville de l'Etat de Zamfara. 

"C'est extrêmement dangereux", souligne Simba Tirima, médecin dans un centre géré par MSF à Anka.

Le petit Aliyu Usman, 4 ans, a eu de violentes crises d'épilepsie il y a deux ans. Ses parents cassent des pierres pour y trouver de l'or en plein coeur du village.

"Il est sourd", diagnostique le médecin. 

Depuis 10 ans, les habitants et les mineurs sont de plus en plus sensibilisés. "Mais il existe encore de nombreuses régions polluées au plomb", regrette l'employé de MSF. 

"Il reste tant à faire pour améliorer les pratiques des mines artisanales, pour mieux les organiser et réguler ces activités".  

AFP

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