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Crise libyenne: traumatisée et marginalisée, l'Afrique veut se faire entendre

Traumatisée par la crise en Libye et ses conséquences dans un Sahel livré à des attaques jihadistes incessantes, l'Afrique cherche à faire entendre enfin sa voix dans le dossier libyen, après en avoir été tenue à l'écart depuis des années.

Une conférence internationale sur la libye sous l'égide de l'ONU est prévue dimanche à Berlin. Le président de la commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki, sera présent. Mais sa mission ne sera pas aisée.

"L'UA a régulièrement demandé un rôle central dans le processus en cours, mais elle a toujours été ignorée", a reconnu à l'AFP Ebba Kalondo, la porte-parole de M. Faki.

L'affaire ne date pas d'hier.

La Libye, pays pétrolier, est plongée dans le chaos depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi après une révolte populaire et une intervention militaire menée par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Une intervention que désapprouvait l'Afrique et dont les voisins de la Libye se plaignent toujours amèrement. 

S'il y a des causes endogènes aux attaques jihadistes au Sahel, la crise en Libye a créé un vide sécuritaire mais aussi favorisé la circulation de milliers d'armes, munitions et explosifs, contribuant d'une façon décisive à la montée en puissance des groupes jihadistes au Mali, au Niger et au Burkina ces dernières années.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou le répète sans relâche. "La communauté internationale est responsable de ce qui nous arrive à travers sa décision désastreuse d'intervenir en Libye", a-t-il rappelé à Niamey en décembre. "La Libye est africaine, on ne peut pas régler le problème libyen en laissant à la marge l'UA", avait-il précisé à l'AFP. 

Le président tchadien Idriss Deby est sur la même longueur d'ondes: "La bataille contre le terrorisme au Sahel passe forcément par le règlement de la crise libyenne. Le chaos libyen (...) demeure la principale source de déstabilisation de l'ensemble du Sahel", insistait-il en décembre à Rome.

Sur le terrain sahélien, la situation ne cesse de s'aggraver. En 2019, les attaques jihadistes ont fait 4.000 morts au Burkina, au Mali et au Niger, en dépit de l'action de la France et des Etats-Unis aux côtés des armées nationales.  

- "Inefficace et contre-productive" -

"L'Afrique peut espérer obtenir plus d'écho avec la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel", soulignait il y a quelques mois une source diplomatique occidentale. 

De fait, après avoir été longtemps ignoré, le comité de haut niveau de l'UA sur la Libye, présidé par Denis Sassou Nguesso, s'est activé ces dernières semaines.

Le 6 janvier, le président congolais a mis les pieds dans le plat. "La Libye est un pays africain et les victimes sont essentiellement en Afrique. Dès lors, toute stratégie de règlement de la crise libyenne tendant à marginaliser le continent africain pourrait se révéler complètement inefficace et contre-productive", a-t-il tonné.

Un émissaire du chef de l'Etat congolais s'est rendu dans la foulée en Algérie, pays clé dans les discussions internationales en cours, afin d'évoquer les moyens de "dynamiser le processus des négociations entre les parties libyennes", selon un communiqué de la présidence algérienne. Mais les deux parties ont aussi abordé le "rôle de l'UA dans la relance du processus de paix".

Toutefois le "dossier reste entre les mains des Nations unies. L'ONU ne voit pas forcément l'UA comme une voix décisive", pense Claudia Gazzini, du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). 

Une source nigérienne explique que l'UA est "divisée", soulignant que par exemple "l'Egypte ne veut pas que l'UA se charge de ce dossier".

Les déchirements de la Libye entre le Gouvernement d'union nationale libyen (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par l'ONU et basé à Tripoli, et un pouvoir incarné par l'homme fort de l'est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, préoccupaient déjà le continent.

L'entrée en jeu de nouveaux acteurs n'a fait qu'aggraver les inquiétudes africaines: la Russie soutient Khalifa Haftar (appuyé notamment par l'Egypte) et la Turquie, alliée du GNA, a récemment autorisé l'envoi de militaires dans le pays.

Les forces du maréchal Haftar ont lancé en avril 2019 une offensive pour tenter de s'emparer de Tripoli. Plus de 280 civils et 2.000 combattants ont été tués, selon l'ONU. Quelque 146.000 Libyens ont dû fuir les combats. 

Une cessation des hostilités, globalement respectée, est en vigueur depuis dimanche. Mais le maréchal Haftar a pour l'heure refusé de signer le cessez-le-feu paraphé par M. Sarraj.

"Cette implication des nouveaux acteurs complexifie davantage la crise libyenne", avertit Ibrahim Yacouba, ancien chef de la diplomatie nigérienne. 

AFP

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