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A Bangui, d'anciens enfants-soldats apprennent un autre métier que les armes

Dans un hangar sombre de Bangui, un rayon de soleil éclaire le visage balafré d'un adolescent en bleu de travail. Imperturbable, les yeux rivés sur son ouvrage, il découpe une planche de bois.

A chaque coup de ciseau, des copeaux s'envolent dans les airs, virevoltent comme des flocons puis échouent à ses pieds.

Ébénisterie, menuiserie, couture ou mécanique: dans la capitale centrafricaine, trois centres accueillent chaque jour plusieurs centaines de jeunes, anciens membres de groupes armés, pour les former à un autre métier que celui des armes.

Enrôlés alors qu'ils étaient parfois encore des enfants, ces adolescents ont été les témoins, souvent les acteurs, de la guerre civile qui déchire le pays depuis 2013. 

Eric a 16 ans et vient d'achever sa formation de tailleur. "Maintenant, je vais pouvoir faire quelque chose de mes mains", lâche-t-il fièrement, fermement agrippé à sa machine à coudre. 

Difficile d'imaginer que ce timide garçon combattait autrefois dans les rangs d'un groupe armé. "Quand les rebelles ont tué mes parents, je les ai rejoints", plaide-t-il en fixant le plancher. Il avait onze ans. "Ce que j'ai vu là-bas n'était pas de mon âge...", souffle l'ado.

Certains ont été membres de la Séléka, la coalition de groupes rebelles qui a déferlé sur Bangui en 2013 pour renverser le président François Bozizé, marquant le début de la deuxième guerre civile centrafricaine. D'autres, comme Eric, ont combattu dans les rangs de milices populaires, dites anti-balaka, créées pour lutter contre celles de la Séléka. 

Nombre d'entre eux ont vu cela comme un moyen de protection, mais aussi de  subsistance. Ils recevaient des chefs un petit cachet, de quoi survivre dans ce pays classé parmi les plus pauvres du monde et plongé dans le chaos.  

Les Nations unies ont lancé, à partir de 2015, un programme de démobilisation. Plus de 13.000 enfants ont, depuis, quitté les groupes armés, affirme l'Unicef. 

"Il faut aider ces jeunes à s'insérer dans la société" pour éviter qu'ils retournent vers ces groupes, souligne Jacques Kachuka Byamungu, chef de projet de Plan International, une des ONG à l'origine de ces formations.

Les garçons ne sont pas les seuls concernés. Marine, la vingtaine, casque de chantier sur la tête, apprend à creuser des forages dans les quartiers de Bangui sans accès à l'eau.

Après l'assassinat d'un membre de sa famille, elle a rejoint les anti-balaka en 2013. Mais "être une femme dans les groupe armés c'est difficile", raconte-t-elle, le visage couvert de boue en faisant tourner sa foreuse. "Il faut aller chercher de l'eau, servir de support aux combattants", explique la jeune femme. Certaines ont été mariées de force, comme Prisca, qui vient juste d'achever une formation de pâtisserie. "Avant je voyais le sang couler, maintenant qu'on peut enfin dormir la nuit, j'aimerais m'installer et devenir boulangère", assure-t-elle. 

Mais si à Bangui la situation des enfants s'est améliorée, plus des deux tiers du pays restent sous la coupe de dizaines de groupes armés, qui continuent à recruter des adolescents.

AFP

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