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Le nouveau gouvernement tunisien suspendu

Le nouveau gouvernement tunisien, loin de faire l'unanimité, est suspendu vendredi à un vote de confiance à l'issue incertaine trois mois après les élections, dans un pays confronté à d'importants défis économiques et sociaux.

Réuni depuis 10H00 locales (09H00 GMT), le Parlement, morcelé et divisé, devrait voter d'ici la fin de la journée.

La formation du futur gouvernement confiée au parti d'inspiration islamiste Ennahdha, qui a désigné Habib Jemli comme Premier ministre, a été laborieuse.

Si cet exécutif n'obtient pas la confiance du Parlement --issu du scrutin législatif du 6 octobre--, le président Kais Saied, un universitaire farouchement indépendant et très critique du système parlementaire, devra désigner un autre futur Premier ministre susceptible de convaincre les députés.

Il aura alors un délai de 10 jours pour engager des consultations afin de trouver "la personnalité jugée la plus apte, de former un gouvernement dans un délai maximum d'un mois".

Or la Tunisie, gérée depuis trois mois par un gouvernement sur le départ, attend un nouveau cabinet ministériel pour relancer une économie en berne et venir à bout d'un chômage et d'une inflation qui pèsent sur la population.

M. Jemli a assuré au Parlement avoir choisi ses très nombreux ministres "sur la base de la compétence, l'intégrité (...) et leur capacité à la concrétisation".

Ce gouvernement est "indépendant", a-t-il réaffirmé, après l'échec de négociations avec les nombreux partis siégeant à l'Assemblée pour rassembler une coalition gouvernementale.

Mais la liste qu'il a présentée a été jugée disparate et rapidement critiquée comme n'étant ni clairement partisane, ni réellement indépendante.

- "Réserves" -

Vendredi, négociations et marchandages se poursuivaient dans les couloirs de l'Assemblée, où Ennahdha ne détient que 54 sièges sur 217, bien qu'il en soit le principal parti.

Si le nombre de partis ayant clairement exprimé leur soutien au gouvernement ne permet pas de réunir les 109 voix nécessaires pour obtenir une majorité absolue, des députés ont déjà indiqué qu'ils ne suivraient pas les consignes officielles de leur bloc. 

Et d'autres parlementaires ont annoncé, en cours de séance, avoir changé de bloc.

Signe des  difficultés pour la classe politique divisée à constituer un gouvernement fort et consensuel, Ennahdha a admis avoir des réserves concernant l'équipe présentée par son propre Premier ministre.

Le parti "a décidé de soutenir le gouvernement de M. Jemli (...) malgré les réserves que nous avons sur certains noms", a ainsi dit tard jeudi l'un de ses hauts responsables, Abdelkarim Harouni.

M. Jemli lui-même, ancien secrétaire d'Etat de 2011 à 2014 dans deux gouvernements dirigés par Ennahdha, a évoqué la possibilité qu'un remaniement ait lieu, après l'éventuel obtention de la confiance du Parlement.

De son côté, Qalb Tounes, deuxième force au Parlement avec 38 sièges et parti du patron de télévision Nabil Karoui --candidat déçu de l'élection présidentielle--, n'a cessé de marteler refuser de voter en faveur du gouvernement, l'accusant de manquer d'indépendance et de programme.

- Réformes cruciales -

Des observateurs et membres de la société civile ont aussi critiqué la nomination de magistrats qu'ils qualifient de pro-Ennahdha à la tête des ministères régaliens, tels que la Justice et l'Intérieur.

Si le gouvernement n'obtient pas la confiance du Parlement et que le président Saied échoue à son tour à former un gouvernement, l'heure sera alors à la dissolution de l'Assemblée, au risque de retarder encore des réformes cruciales pour la Tunisie.

Tunis a contracté en 2016 auprès du Fonds monétaire international (FMI) un programme prévoyant 2,6 milliards d'euros en contrepartie de vastes réformes, dont certaines sont contestées. Mais en raison de retards accumulés, le pays n'a touché jusque là que 1,4 milliards d'euros sur ces prêts alors que le programme s'achève en avril et que les premiers remboursements sont dus en novembre cette année.

A l'approche du 9e anniversaire mardi de la chute du régime de Zine el Abidine Ben Ali, des mobilisations ont eu lieu notamment dans des zones marginalisées de l'intérieur du pays. Et la puissante centrale syndicale UGTT prévoit une manifestation mardi à Tunis.

AFP

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