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Au Sahel, Barkhane bivouaque de nuit en terrain hostile

Il y a quelque chose de singulier quand la trentaine de blindés français se place en carré alors qu'une nuit lourde de menaces commence à tomber sur le désert sahélien à des dizaines de kilomètres des premiers villages.

"On est en train de monter un bivouac tactique pour passer la nuit en sécurité", explique le capitaine Jean-Baptiste, qui supervise la centaine de soldats présents sur cette base opérationnelle avancée temporaire (BOAT).

"C'est comme un camp de cow-boys", sourit-il quelque part près de la frontière entre Mali et Burkina Faso.

A la place des chariots bâchés et du feu de camp: des blindés de combat organisés autour du Centre des opérations, le poste de commandement. Et au lieu du pionnier américain montant la garde carabine sur les genoux, des fantassins avec fusil d'assaut, lunettes de vision nocturne sur le casque.

Quant à l'ennemi, ce sont les jihadistes que les 4.500 soldats de la mission française Barkhane combattent au Sahel. Leurs attaques ont fait des milliers de morts ces dernières années, particulièrement dans cette région des trois frontières (Mali-Burkina-Niger). Leurs opérations éclairs en moto ont fait des centaines de morts dans les rangs des armées des trois pays au cours des mois passés.

Il y a quelques semaines, les soldats de l'opération française Barkhane et leurs partenaires maliens et burkinabè ont ratissé forêts et marécages de la zone à la recherche de jihadistes et de caches d'armes. Des journalistes de l'AFP ont suivi cette opération appelée Bourgou IV.

C'était peu avant que l'armée française ne perde 13 soldats dans la collision de deux hélicoptères lors d'une opération de combat.

- Ordinaire protéiné -

Chaque soir, les soldats français ont installé la BOAT et ont tombé l'équipement à l'issue de journées éprouvantes.

Le caporal Romain vient d'accrocher un miroir de poche sur son blindé et se barbouille de mousse à raser : "Ca fait garder le moral, on en a besoin".

A quelques mètres, un opérateur radio et un fantassin, tous deux anciens élèves en CAP cuisine (certificat d'aptitude professionnelle), font un gâteau avec les barres chocolatées des rations de combat. Plus loin, d'autres jouent aux cartes.

La nuit tombe peu à peu sur le campement, laissant apparaître les étoiles. Les lits de camp sont montés avec la moustiquaire, les boîtes de conserve s'ouvrent une à une.

Ces rations doivent théoriquement permettre au soldat de manger pendant 24 heures. Chaque élément est surprotéiné, et chacun y va de sa petite blague sur le goût.

"Quand on raconte la BOAT, nos proches pensent qu'on est au Club Med, ils ne voient pas toute la logistique, la sécurité et le fait qu'on reste en zone de guerre", tempère un sous-officier.

Tandis que les uns soufflent, d'autres veillent, scrutant l'obscurité. L'armement lourd est prêt à l'emploi.

"On observe, on cherche des indices, on cherche des lumières, on vérifie si on ne se fait pas observer", explique le sergent Martin, lunettes de vision nocturne sur le casque. Aujourd'hui, il est de garde une partie de la soirée.

- Alerte -

"Je pourrai dormir un peu!", sourit-il. Il arrive à ces soldats, crapahutant tout le jour depuis l'aube matériel sur le dos, de ne dormir qu'une heure ou deux par nuit.

Ce fut le cas quelques jours auparavant. Ils n'ont pas vu de lumière, mais l'ennemi était là.

Après l'installation du bivouac, un premier homme a été repéré caché dans un arbre non loin de la BOAT. Un informateur, selon les Français.

A la nuit tombée, "trois personnes armées ont été vues à l'est, une à l'ouest", raconte un gradé. La présence d'hommes armés non loin indique un mouvement hostile: la compagnie s'est mise en branle, on a renfilé les gilets pare-balle et armé les canons.

Plus tard, des pick-up ont été signalés. Les soldats ont tiré plusieurs heures. La destruction d'un véhicule ennemi a été annoncée mais un ratissage le lendemain n'a rien donné: ni pick-up, ni mort.

Aucune autre attaque n'a eu lieu durant l'opération. Le stress reste, et si la BOAT est un moment de relâche, beaucoup attendent avec impatience le retour à la base permanente à Gao (nord-est du Mali) pour savourer de petits plaisirs: une bière, un repas complet, du sport, un appel à la famille dont ils ont été totalement coupés pendant toute l'opération.

Romain reprend la parole : "Ici, on reste tout le temps aux aguets. En ce moment, je me rase, mais si il y a une alerte qui pète, je remets mon casque, mon gilet, avec encore la mousse à raser sur le pif, et voilà".

AFP

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