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A Alger, quand on vote, on vote "par devoir" et pour la stabilité

Au lycée Emir Abdelkader, dans un quartier populaire d'Alger, les électeurs venus voter jeudi pour élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika, l'ont fait par devoir et par crainte de voir l'Algérie basculer dans l'instabilité.

"Je vote car j'ai peur que le pays s'enlise dans la crise", explique à l'AFP Karim, un fonctionnaire de 28 ans. Mahdid Saadi, un retraité de 76 ans, montre sa carte d'électeur avec de très nombreux tampons: "J'ai toujours voté et je vote encore aujourd'hui, c'est un devoir".

Il est encore trop tôt pour se faire une idée de la participation, traditionnellement faible ces dernières années, mais la plupart des observateurs s'attendent à une très forte abstention, le puissant mouvement ("Hirak") de contestation populaire qui ébranle l'Algérie depuis février boycottant le scrutin.

Dans le centre-ville, la police est sur les dents, avec des camions anti-émeute et des canons à eau. Un hélicoptère survole la capitale.

Un début de manifestation y a été rapidement dispersée devant la Faculté centrale et une dizaine de personnes interpellées par des policiers armés de matraque, selon des journalistes de l'AFP. Et les forces de l'ordre s'efforçaient, parfois violemment, d'empêcher le moindre rassemblement.

Au lycée Abdelkader, établissement qui remonte à l'époque coloniale, le plus grand centre électoral du quartier de Bab el Oued était animé dès son ouverture à 08H00 (07H00 GMT).

Dans la file d'attente, il y a les plus âgés, qui votent traditionnellement le matin, mais aussi des jeunes, en nombre inhabituel aux premières heures de la matinée.

La plupart de ces derniers refusent de donner leur nom de famille par peur de se faire insulter sur les réseaux sociaux. Parmi ces votants, plusieurs fonctionnaires, quelques étudiants.

- "Jeudi de la supercherie" -

Ailleurs, en revanche, le centre de vote Sebbala 2 à El Achour, sur les hauteurs d'Alger, est quasiment désert. Les électeurs arrivent au compte-gouttes. A 08H40 (07H40 GMT), 40 minutes après l'heure d'ouverture des 61.014 bureaux de vote du pays, seuls quatre électeurs ont voté sur un total de 1.000 inscrits répartis sur deux bureaux de vote.

"J'ai voté  par conviction et pour la stabilité du pays", déclare à l'AFP un homme, qui lui aussi refuse de donner son nom. On vote peu également à Staouéli, une banlieue de l'ouest de la capitale, a constaté un photographe de l'AFP.

Dans le quartier populaire de Belouizdad (ex-Belcourt), une poignée de femmes seulement ont déposé leur bulletin dans l'urne à l'école Mohamed Zekal.

Une électrice de 66 ans dit qu'elle a toujours voté. Pour Samia, 33 ans, doctorante en sciences, "les choses doivent changer".

Pour le quotidien Soir d'Algérie, "l'enjeu principal et cardinal de cette élection historique, qui prime sur toute considération, est celui de garantir la pérennité de l'Etat avec l'élection d'un président de la République, pierre angulaire de tout édifice constitutionnel".

Mais le journal indépendant El Watan reconnaît que le scrutin se déroule "dans un contexte particulier" en raison de "la poursuite du mouvement contestataire depuis le début de la campagne électorale".

De fait, la situation est tendue jeudi dans la région frondeuse de Kabylie (nord).

Un centre de vote ont été saccagé par des opposants dans la matinée à Béjaïa, grande ville de cette région berbérophone, selon des habitants. Les urnes, une partie du fichier électoral et des bulletins de vote ont été détruits. 

La télévision nationale, elle, montre des files d'attente d'électeurs dans des bureaux de vote, notamment à Blida (à 45 km au sud-ouest d'Alger).

Sur les réseaux sociaux, certains internautes se moquent et se demandent "combien (les électeurs) ont été payés", fustigeant le "Jeudi de la supercherie". 

amb-ad-abh-agr/ayv/all

AFP

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