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CAN 2013: l'Afrique oublie ses drames le temps des jeux

Janvier est synonyme de galère, mais aussi de réjouissances footballistiques. Alors noyons notre dèche dans la Coupe d'Afrique des nations!

«Panem et circenses», s’exclamaient les autocrates méprisants de la Rome antique.  

«Du pain et des jeux» pour anesthésier les désirs d’émancipation d’une plèbe dont l’estomac ne crierait plus famine et dont le cerveau —encore à l’abri des assauts publicitaires— s’abstiendrait de réfléchir, abreuvé qu’il serait de jeux du cirque aussi spectaculaires que cruels.

Dans les pays africains où les trois «garbas» par jour ne sont pas garantis, les arènes modernes sont les stades de football et les gladiateurs les stars du ballon rond.

Au premier siècle après J.C. (Johan Cruijff) comme au premier siècle avant J.-C. (Jésus-Christ), l’animalité fait partie de l’exhibition.

Jadis, les esclaves des Romains combattaient des lions. Aujourd’hui, des Ecureuils affrontent des Lions indomptables, quand des Eperviers ne se mesurent pas à des Lions de la Téranga.

A la différence des gladiateurs de l’Antiquité, les «combattants» ne risquent guère de tomber mortellement au champ d’honneur des jeux. Les footeux talentueux coûtent si cher à leur club et à leur fédération qu’on évitera de les sacrifier.

Au rebut le ravissement de voir un membre broyé par la mâchoire d’un fauve. La civilisation a eu la délicatesse de cantonner ce genre de spectacle au snuff movies d’Internet.

Seul risque pris par les footballeurs africains courtisés par les clubs français: voir leur fortune déchiquetée par un taux d’imposition de 75% au-delà —tout de même— de deux mille Smic africains.

Menace de crocs fiscaux qui obligeront à renoncer à l’option «jante en style diamant de la roue de secours», lors de l’acquisition d’une Ferrari 458.

3.000 euros pour être dans les gradins, quand-même!

En cette «janviose» où, en Afrique, la galère financière découle irrémédiablement des dépenses somptuaires de fin d’année, les «jeux» qui consoleront la plèbe se déroulent du côté de l’Afrique du Sud.

Les plus nantis seront dans les gradins. Pour suivre la Coupe d’Afrique des nations à Durban ou à Rustenburg, un Ouest-Africain déboursera au moins deux millions de francs CFA (environ 3.000 euros). La grande majorité regardera la phase finale de la compétition depuis Cotonou, Tunis ou Nairobi.  

Captivé à l’avance par le spectacle du «sport roi», le supporter portera sa part de privation. Il sacrifiera même parfois le «pain» aux «jeux». Certaines chaînes de télévision nationales ayant qualifié d’insupportable le poids des droits de diffusion des images de la CAN, il aura fallu trouver le financement pour garantir la réception du précieux signal numérique.

Deux options possibles: une cotisation collective de copains qui constituera les frais d’abonnement à un bouquet satellitaire ou la recherche d’un lieu public —maquis ou «vidéoclub»— où seront allégrement piratées les retransmissions.

Finement, le téléspectateur prélèvera le budget «abonnement télé CAN 2013» dans le budget «bière janvier 2013», avant d’effectuer un rapide arbitrage de nature à puiser dans le budget «cantine scolaire» la somme nécessaire pour combler le budget «bière».

L’option est indiscutable, le principe «panem et circenses» se traduisant, dans l’Afrique contemporaine, par «de la bière et des jeux». Un match de foot sans houblon, c’est aussi inconcevable qu’un marché sans commission occulte…

Oublier la dure réalité

Des analystes autoproclamés affirmeront que ces incongruités de gestion domestique permettront aux plus minés des Africains d’oublier quelque peu la dure réalité de leur vie quotidienne, tout particulièrement l’affligeante gouvernance de leurs Etats. Mais le football actuel incarne-t-il réellement des valeurs positives de nature à corriger, un tant soit peu, les dérives de nos sociétés modernes?

La CAN nous ferait-elle oublier la politique? Pas sûr, quand on observe l’immixtion des politiciens dans la gestion des fédérations. La CAN nous ferait-elle oublier les tentations des mandats interminables? Pas sûr, quand Issa Hayatou boucle un quart de siècle à la tête de la Confédération africaine de football.

La CAN nous ferait-elle oublier la corruption? Pas sûr, quand s’accumulent, dans la presse, les enquêtes sur un sport vermoulu par les combines financières.

La CAN nous ferait-elle oublier le fossé qui se creuse entre riches et pauvres? Pas sûr, quand on sait que certains joueurs africains gagnent plus d’un milliard de francs CFA par mois.

La CAN nous ferait-elle oublier l’arrogance des élites? Pas sûr, quand on voit Samuel Eto’o financer son autohagiographie en bande dessinée. La CAN nous ferait-elle oublier l’avenir obstrué de la jeunesse? Pas sûr, quand on découvre les tragiques trajectoires de jeunes adolescents brisés par le mirage de la gloire footballistique. La CAN nous ferait-elle oublier les falsifications de dates de naissance pour les mariages précoces? Pas sûr, quand on triche sur les âges des footballeurs.

La CAN nous ferait-elle oublier le pillage des ressources africaines? Pas sûr, quand les meilleurs «pieds» de la Coupe ne foulent que furtivement le sol africain, phagocytés qu’ils sont, depuis longtemps, par les clubs européens ou asiatiques…

Mais qu’importe le flacon sportif pourvu qu’on ait l’ivresse du ballon rond. Et les pronostics, c’est déjà le début de l’enivrement. Les supporters tentent des paris sur l’issue de la phase finale.

La Côte d’Ivoire a la faveur des apprentis bookmakers. Et un sacre des Eléphants, ça serait bien une manière d’oublier des années de déchirement politique.

Damien Glez

 

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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