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Panneau de la ville d'In Amenas au sud-est de l'Algérie. KJETIL ALSVIK / STATOIL / AFP
Panneau de la ville d'In Amenas au sud-est de l'Algérie. KJETIL ALSVIK / STATOIL / AFP

L'Algérie rattrapée par la guerre et par ses propres contradictions

Avec l'attaque contre une base gazière, l'Algérie subit les premières conséquences régionales de la crise malienne.

S'il est trop tôt pour parler d’internationalisation de la crise malienne, nous pouvons affirmer depuis le 16 janvier que celle-ci prend une dimension régionale certaine.

L’Algérie redoutait ce scénario, voilà qu’il se réalise moins d’une semaine après le lancement de l’offensive militaire française au nord du Mali.  

Des djihadistes, qui se revendiquent d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), ont attaqué une base gazière de la société britannique BP située non loin de la ville d'In Amenas.

Selon les dernières informations, l'attaque s'est soldée par la mort de deux employés, dont un Britannique, et la prise en otage d’une quarantaine d’expatriés.

Un danger terroriste sous-estimé

Comment cela a-t-il pu arriver? Les autorités algériennes disaient contrôler la sécurité de ces sites qui abritent de nombreux employés étrangers?

«Les auteurs de ce coup de force ont pu commettre leur forfait malgré l'assurance martelée par les autorités d'avoir pris toutes les dispositions pour sécuriser les frontières du pays d'où pouvait venir la menace terroriste», observe Le Quotidien d’Oran.  

Son confrère d’El Watan va plus loin en pointant l’irresponsabilité des autorités algériennes qui n’ont pas su tirer les leçons des attaques terroristes passées. La prise d’otages et l’attaque de la base gazière algérienne sont, selon lui, «un fait gravissime»:

«Après l’attentat de Tamanrasset qui avait visé la brigade de la gendarmerie et en dépit du climat de guerre à notre frontière, les autorités algériennes ne semblent pas avoir pris conscience de l’ampleur du danger qui guette à nos portes et des risques de voir le conflit se transposer chez nous. Demain, d’autres cibles pourraient être visées partout dans le pays, y compris dans la capitale.»

Schizophrénie algérienne

L'Algérie pensait être épargnée par la crise malienne en acceptant seulement le survol de son territoire par les Rafales français et en fermant toutes ses frontières. Mais c’est oublier les frontières poreuses qui délimitent tous les Etats du Sahel. 

«Nos régions sud ne vont pas être épargnées par les développements que sont en train de connaître la zone sahélienne devenue théâtre de combats entre les forces d'intervention déployées au Mali et les groupes armés djihadistes», concède Le Quotidien d'Oran.

L’éditorialiste d’El Watan poursuit en pointant la schizophrénie des autorités algériennes depuis le début de la crise. Il la résume ainsi:

«Nous sommes contre la guerre mais pour l'intervention militaire, pour le dialogue mais aussi pour que des bombardiers survolent le territoire.»

Et cette schizophrénie se joue à guichet fermé, regrette le site du quotidien Liberté. Les autorités algériennes trouvent inutiles de communiquer sur le dénouement de la crise malienne et la position de l’Algérie.

«Une heure avant que les avions français ne commencent à transiter par l’espace aérien algérien, personne, chez nous, n’aurait parié sur cette concession touchant au sacro-saint principe d’inviolabilité de la souveraineté territoriale», explicite le quotidien. 

Le Quotidien d’Oran met en exergue le paradoxe suivant: l’Algérie prônait depuis des mois un règlement politique de la crise malienne, or c’est le premier pays de la région à être happé par la guerre.

Pour l’éditorialiste, l’attaque de la base gazière est un moyen de pousser l’Algérie à s’engager militairement dans la crise malienne.  

«Il y a manifestement une volonté de forcer la main à l'Algérie et de la pousser à s'impliquer militairement plus loin qu'elle n'en a eu l'intention depuis le début de la crise malienne. Le plus sûr moyen de l'y contraindre est de s'attaquer à ce qui la fait vivre, son industrie pétrolière et gazière. Les éléments armés qui se sont infiltrés dans la région d'In Amenas ont manifestement voulu démontrer que cela est possible.» 

Pétrole, gaz, otages 

Son confrère Liberté prend de la distance en inscrivant l’attaque de la base d’In Amenas dans la continuité du renforcement de l’implantation des groupes djihadistes dans le Sahel depuis une dizaine d’années.

L’attaque de la base algérienne n’est pas seulement une conséquence de la crise malienne, elle est avant tout le fruit d’un aveuglement face à l' essor d’une base djihadiste dans la région. 

«Voici plus d’une décennie que les groupes islamistes renforcent leur implantation au Sahel en exploitant une situation qui leur est favorable, et sous bien des aspects: la pauvreté des populations locales qui les fragilise devant l’hégémonie des groupes terroristes, la faiblesse des Etats du champ et la déficience de leurs moyens de défense, la profitabilité du trafic de stupéfiants et, probablement, le soutien financier d’États pétroliers.»

Les Etats de la région, l’Algérie en particulier, auraient pu réagir plus tôt.  

«A trop hésiter à faire la guerre, on finit par la subir. Après l’avoir longtemps éprouvée, c’est encore l’Algérie qui semble contrainte de la subir à nouveau», poursuit le Quotidien d’Oran.

Pourquoi l'Algérie? Car les patrons d’al-Qaida au Maghreb islamique sont Algériens. Ce sont des anciens du GIA (Groupe islamique armé) et du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat).

Mokhtar Belmokhtar, qu’on dit être à la tête de l’attaque contre la base gazière, est lui-même Algérien.

«Al-Qaida a frappé dans le sud algérien», titre le quotidien arabophone El Khabar avec pour illustration l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, dont la figure surplombe une base gazière. 

Un dessin du caricaturiste Dilem illustre cette spécificité algérienne. Sur un panneau de signalisation, trois pancartes indiquant la même direction: Pétrole, gaz, otages.

Nadéra Bouazza

 

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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