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Fin de la saga sur le contentieux électoral qui a passionné le Malawi

Depuis cinq mois, ses débats tiennent en haleine une bonne partie du pays. La Cour constitutionnelle du Malawi devrait boucler vendredi le procès du contentieux né de la réélection contestée du président Peter Mutharika en mai dernier.

Sitôt les audiences conclues, la plus haute instance judiciaire du pays disposera de 45 jours pour confirmer ou annuler les résultats du scrutin, jugé frauduleux par l'opposition.

Quel que soit le jugement, ce dossier semble d'ores et déjà marquer un tournant dans l'histoire politique de ce petit pays d'Afrique australe.

Pendant des semaines, de nombreux électeurs se sont passionnés pour les témoignages qui se sont succédé à la barre de la Cour constitutionnelle, diffusés pour la première fois en direct et en intégralité par les radios privées du pays.

"J'en retiens que les Malawites ne sont désormais plus des participants passifs au processus électoral", a résumé Gospel Kazako, le patron de la Zodiak Broadcasting Station.

Depuis que le Malawi a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1964, jamais les résultats de ses élections présidentielles n'avaient été contestés devant la justice.

Le chef du Parti du Congrès du Malawi (MCP) Lazarus Chakwera a franchi le Rubicon en mai dernier en rejetant le décompte de la Commission électorale nationale  (MEC), qui l'a classé deuxième avec 35,41% des suffrages, soit 159.000 voix de moins que le sortant Peter Mutharika (38,57%).

Soutenu par un autre parti hostile au régime, le Mouvement uni pour la transformation (UTM), M. Chakwera accuse depuis le pouvoir d'avoir manipulé les résultats et bourré les urnes.

Le camp du vainqueur a nié farouchement toute fraude, mais l'opposition a maintenu la pression en multipliant les manifestations de protestation dans tout le pays, souvent émaillées de violents incidents avec la police.

- 'Impact sur l'avenir' -

C'est dans ce climat explosif que de nombreux témoins ont défilé à la barre de la Cour constitutionnelle pour documenter les accusations de tricherie.

Il y a un mois, un expert en informatique qui a travaillé pour un parti d'opposition pendant le scrutin, Daud Suleman, est ainsi venu expliquer comment des données essentielles avaient été supprimées lors de l'enregistrement des résultats.

Son audition, diffusée en direct comme toutes les autres, a suscité un intérêt aussi vif qu'inédit dans la population.

"Quoi que les juges décident, cela va avoir un impact sur l'avenir de ce pays", a plaidé un auditeur assidu des débats, Potential Chitsumo. "Je veux comprendre comment et pourquoi les juges vont rendre leur décision", a ajouté cet architecte de la capitale Lilongwe, âgé de 42 ans.

Même dans le bidonville surpeuplé de Nthandire, il est devenu courant de voir des petits groupes d'habitants suivre, dans les rues, les débats de la Cour, l'oreille collée à un poste de radio.

Pour beaucoup, la diffusion de cette saga politico-judiciaire est une bonne nouvelle pour la démocratie malawite.

"Ces émissions ont permis de nourrir le débat public autour des élections", s'est réjoui un professeur de journalisme de l'institut polytechnique du Malawi, Temwani Mgunda.

Même le ministre de l'Information du régime, Mark Botoman, s'en est félicité. "Les juges et les avocats sont conscients de l'intérêt que les retransmissions en direct ont suscité", a-t-il jugé, "et donc de la nécessité de rendre rapidement un jugement".

Après des débats passionnés, il est attendu dans la fièvre.

"Si la Cour constitutionnelle tranche en faveur de l'opposition, il faudra organiser de toutes nouvelles élections", rappelle l'expert en droit Ralph Kasambara. Une première au Malawi.

str-sn-pa/bed/jlb

    

AFP

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