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Somalie: les shebab disent avoir décidé de tuer l'otage français Denis Allex


Capture d'écran d'une vidéo montrant l'otage français Denis Allex, en Somalie, le 4 octobre 2012 Site monitoring service/AFP/Archives

Les insurgés islamistes shebab ont déclaré mercredi dans un communiqué avoir "décidé unanimement d'exécuter" l'otage français Denis Allex qu'ils détiennent en Somalie depuis 2009 et que Paris considère comme mort depuis l'échec samedi d'une opération de sauvetage.

"Vu la persécution croissante par la France des musulmans à travers le monde, sa politique d'oppression de l'islam sur son sol (et) les opérations militaires françaises dans la guerre contre la charia en Afghanistan et plus récemment au Mali (...) les shebab ont décidé à l'unanimité d'exécuter l'agent français de renseignement Denis Allex", déclarent les islamistes somaliens dans leur communiqué, publié sur internet.

 Le sort de l'otage français, au jour de mercredi, n'était toutefois pas clairement précisé par les shebab qui semblaient vouloir continuer à entretenir le doute.

Interrogé sur le sort de Denis Allex par l'AFP depuis Nairobi, un responsable shebab a simplement déclaré: "Il a été condamné et ce verdict ne sera pas modifié, pour les shebab cet homme doit mourir".

Denis Allex - très vraisemblablement un pseudonyme - est un agent des services français de renseignement extérieur (DGSE). Il a été enlevé en juillet 2009 dans la capitale Mogadiscio, où il était officiellement en mission pour former des éléments de la police et de la garde présidentielle somaliennes.

Dans leur communiqué, les shebab expliquent qu'"avec sa tentative de sauvetage, la France a volontairement signé l'arrêt de mort d'Allex", assurant que celui-ci était "encore en vie et à l'abri", samedi à l'issue de l'opération commando ayant échoué à le libérer, qu'ils qualifient d'"erreur abyssale".

Les autorités françaises considèrent de leur côté que Denis Allex a vraisemblablement été exécuté par ses geôliers durant le raid français. Les shebab affirment depuis samedi que l'otage est toujours vivant et entre leurs mains, sans toutefois avoir fourni publiquement aucune preuve de vie jusqu'ici.

Immédiatement après l'échec de sa libération, ils avaient fait part de leur intention de le juger et affirmaient depuis 48 heures être "parvenus à un verdict", sans vouloir préciser lequel.

"Nous soupçonnons, et nous n'avons, je crois, pas tort de le faire, les shebab somaliens de pratiquer de la manipulation médiatique", a réagi mercredi le chef d'état-major des armées françaises, l'amiral Edouard Guillaud.

"Nous n'avons aucun élément depuis le raid de vendredi soir sur le fait que Denis Allex soit vivant, nous pensons qu'il est vraisemblablement mort", a-t-il ajouté.

Mardi, les shebab avaient publié sur twitter des photos du cadavre d'un homme blanc, présenté comme le chef du commando français, tué dans l'opération ratée pour libérer Denis Allex, gisant au côté d'armes et de matériel soigneusement alignés et présentés comme un "butin de guerre".

Les photos étaient accompagnées de légendes et commentaires ironiques sur l'échec français.

Selon les islamistes shebab, ce soldat français avait été capturé blessé, avant de succomber. Paris affirme de son côté que ce militaire a été tué durant l'opération, sans que son corps puisse être récupéré.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault avait qualifié ces photos de "mise en scène (...) particulièrement odieuse".

Aucune image de Denis Allex, vivant ou mort, n'a revanche été publiée depuis le raid.

La captivité de Denis Allex, marié et père de trois enfants, est la plus longue d'un otage français à l'étranger, derrière celle de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, détenue plus de six ans par les guérilleros colombiens.

Le 4 octobre, il était apparu, pâle et yeux cernés, dans une vidéo de ses ravisseurs dans laquelle il pressait M. Hollande d'oeuvrer à sa libération.

Depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio par une force de l'Union africaine (UA), en août 2011, les shebab ont accumulé les revers militaires face à une coalition d'armées régionales mieux équipées et ont dû abandonner la totalité de leurs bastions.

Ils contrôlent néanmoins encore de larges zones rurales du sud et du centre de la Somalie, pays pauvre de la Corne de l'Afrique, privé de réelle autorité centrale et plongé dans le chaos depuis 1991.