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Chasseurs français arrivant sur la base de Kossei, au Tchad, 13 janvier 2013. AFP PHOTO/ ECPAD/NICOLAS-NELSON RICHARD
Chasseurs français arrivant sur la base de Kossei, au Tchad, 13 janvier 2013. AFP PHOTO/ ECPAD/NICOLAS-NELSON RICHARD

Comment l'Algérie appuie l'intervention de la France au Mali

Divisée sur la légitimité de l'intervention française au Mali, la presse algérienne s'interroge sur le rôle joué par Alger qui s'illustre par son silence.

La guerre qui se déroule au Mali avec une intensité redoublée fait la une de la presse algérienne.

Outre l'intervention militaire française lancée le 11 janvier 2013, l'attitude de l'Algérie fait l'objet de tous les commentaires.

«L'Algérie autorise le survol des avions français», titre en couverture El Watan. Par cette décision, les autorités algériennes sont entrées en guerre au Mali: 

«Alger entre ouvertement dans le conflit», commente le grand quotidien algérien.

Alger participe à l’effort de guerre en s’attelant en particulier à la sécurisation de ses frontières, selon El Watan. Et le journal de rappeler que 35.000 hommes avaient, dès octobre 2012, été placés à la frontière sud séparant l’Algérie du Mali.

Selon El Watan, nul doute que l’Algérie a été «incorporée» à l’entreprise militaire française dans le Nord-Mali. Le quotidien cite les propos de l’ancien patron des services de renseignement maliens, M.Maïga, qui avait prédit l’entrée de l’Algérie dans la guerre contre les islamistes.

«L’Algérie finira pas rentrer dans le rang dès que la guerre sera déclarée.»

Le quotidien Liberté rapporte quant à lui la visite à Alger du Premier ministre malien, Django Cissoko, venu dans le but «de procéder à un échange de vues approfondi sur la situation au nord Mali et les efforts en cours pour un règlement de la crise multidimensionnelle qui affecte ce pays», selon un communiqué des services du Premier ministre. 

El Watan décrit à ce sujet une visite «on ne peut plus opportune» et vouée à «solliciter une aide accrue de l‘Algérie».

Le «mutisme» des autorités algériennes

Le site Tout sur l'Algérie (TSA) dénonce le «mutisme» généralisé du gouvernement algérien et des partis d’opposition sur le sujet de l’intervention française au Mali, une perspective à laquelle Alger s’était opposé jusque-là. 

Le site d’information dénonce en particulier le manque d’information concernant le survol du territoire algérien:

«Pourquoi le gouvernement algérien, si attaché habituellement à la souveraineté nationale, n’a‑t‑il pas pris soin de communiquer cette information stratégique à la population? Et pourquoi aucun responsable n’explique‑t‑il la nouvelle position algérienne sur le dossier malien? Le mépris est total!», s'exclame TSA.

«L’information n’a donc pas été donnée à Alger par le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci, ou par le Premier ministre Abdelmalek Sellal ou encore par le ministre délégué à la Défense nationale Abdelmalek Guenaïzia» explique TSA.

Le Quotidien d'Oran insiste lui sur l’indécision des autorités algériennes qui se contentent de «soutenir» la décision du Mali de laisser intervenir la France. En effet, «la situation est confuse et complexe» résume un politologue cité par le journal. 

Intervention française en solitaire

Mais le Quotidien d’Oran critique aussi directement Paris: 

«La décision guerrière de la France dépasse jusqu'à l'esprit des deux résolutions onusiennes qui n'autorise aucune intervention militaire étrangère au sol, dans le Mali.» 

L’intervention étrangère aurait dû uniquement consister à apporter une aide logistique aux forces armées de la Cédéao, rappelle un expert de la sécurité.

Le Quotidien d'Oran met également en doute la spontanéité de l’intervention, à laquelle l’ancienne puissance coloniale se serait préparée de longue date, rappelant que le pays a toujours fait campagne pour une intervention armée:

«Ce qui est sûr, c'est que la France a décidé seule du moment de son intervention militaire au Mali, des moyens qu'elle doit employer et des régions où elle doit stationner ses troupes.»

Le choix de Bamako en faveur de l'intervention française est interprété par le journal algérien comme un désaveu à l'égard de ses voisins comme le Niger, la Mauritanie et l'Algérie, membres du Commandement d'état-major opérationnel commun (Cemoc):

«L'histoire retiendra que ce n'est pas la première fois que le Mali fait faux bond à ses partenaires de la région et cède aux voix des sirènes françaises. Bamako avait déjà donné son accord à Paris pour lancer l'assaut contre les terroristes qui avaient en otage deux de ses ressortissants, dont un était un agent de ses services secrets. Les deux étaient morts durant l'opération de leur sauvetage», juge le Quotidien d'Oran. 

L'Algérie en voie de «pakistanisation»

 Dans une chronique du site Algérie Focus, le journaliste Kamel Daoud estime que le Mali est devenu l’Afghanistan de l'Afrique de l'Ouest. Mais le conflit qui gangrène Bamako ne peut que déstabiliser l’Algérie, surtout si celle-ci continue d’être dirigée par des élites dépassées par la situation et incapables de critiquer l’Occident. 

Pour le chroniqueur d'Algérie Focus, le silence à Alger sur l’intervention française au Mali ouvre la voie à une «pakistanisation» de la nation algérienne.

A l'instar du Pakistan, l'Algérie deviendrait selon lui «un pays forcé d’être une caserne d’arrière-garde pour une guerre d’avant-garde».

Et de conclure avec inquiétude: «La guerre a commencé dans le dos de l’Algérie, à notre sud et au nord du Mali. Elle prendra des années et aura de lourdes consequences».

Lou Garçon

 

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