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Tunisie: le mausolée d'un saint incendié dans un haut lieu du tourisme


La mausolée de la banlieue de Tunis, à Sidi Bou Saïd, le 13 janvier 2013 AFP Fethi Belaid

Des habitants de Sidi Bou Saïd, banlieue touristique de Tunis, ont conspué dimanche le ministre de l'Intérieur venu visiter un célèbre mausolée incendié la veille, la mouvance salafiste étant régulièrement accusée de s'attaquer à de tels sanctuaires.

Quelque 150 habitants de ce village ont scandé "Dégage, Dégage" à l'adresse du ministre Ali Larayedh, figure du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement, selon un photographe de l'AFP.

Le ministre de l'Intérieur venait de dénoncer "un acte criminel", tout en dédouanant les forces de l'ordre qui, selon lui, n'ont pas pour mission de protéger ce type de mausolées, pourtant régulièrement pris pour cible lors d'attaques orchestrées par les salafistes.

"C'est un acte criminel, mais ce n'est pas à la police de garder tous les mausolées, c'est aux gens en charge de ces mausolées de le faire", a-t-il déclaré, déclenchant la colère de la foule.

Un policier a indiqué à l'AFP que le site avait été probablement visé par des cocktails molotov, mais qu'il n'y avait aucun témoin de l'attaque.

De nombreux mausolées dédiés à des saints musulmans ont été incendiés ou saccagés ces derniers mois en Tunisie, des actes attribués aux salafistes, mouvance rigoriste radicale de l'islam sunnite qui considère comme impie d'honorer des saints.

L'opposition tunisienne et une partie de la société civile accusent les islamistes d'Ennahda au pouvoir de complaisance à l'égard des salafistes.

"Ce crime (...), contre notre culture et notre histoire ne doit pas rester impuni", a jugé dimanche la présidence tunisienne dans un communiqué, appelant les forces de l'ordre à "n'épargner aucun effort pour arrêter les criminels".

Le village de Sidi Bou Saïd, perché sur une colline dans la banlieue de Tunis, est un site touristique très prisé, connu pour ses petites ruelles et ses maisons traditionnelles aux portes bleues cloutées.

Déjà en octobre un célèbre mausolée de la banlieue de Tunis, la zaouïa Saïda Manoubia, avait été incendié et un groupe de militants salafistes a été arrêté en décembre pour ces faits.

Ce courant radical, qui représente entre 3.000 et 10.000 personnes en Tunisie, est aussi accusé d'avoir organisé une série d'actions violentes depuis la révolution il y a deux ans.

Ces militants sont notamment soupçonnés d'avoir orchestré l'attaque du 14 septembre contre l'ambassade américaine à Tunis qui a fait quatre morts parmi les manifestants d'un rassemblement contre un film islamophobe produit aux Etats-Unis.