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Centrafrique: lycées et écoles désertés en attendant la paix


Une école fermée et désertée, le 11 janvier 2013 à Bangui AFP Patrick Fort

Des dizaines de salles de classe vides fermées par des cadenas: à l'image de beaucoup d'établissements de Bangui, le lycée Marie-Jeanne Caron, réservé aux jeunes filles, n'ouvre pas ses portes en attendant le retour de la paix.

La rébellion de l'Alliance Séléka, qui a lancé une offensive le 10 décembre et contrôle de nombreuses villes du pays, campe à quelques dizaines de kilomètres. Certes les négociations de Libreville entre Séléka et régime du président François Bozizé viennent de se terminer vendredi par un accord de cessez-le-feu mais la prudence reste de mise.

Un secrétaire a beau assurer que tout est "normal", que les professeurs remplissent les bulletins scolaires, les salles de classes sont vides, faute d'élèves et de professeurs.

"Les rebelles sont près de la ville. J'ai peur que ma fille se fasse violer. Je lui ai dit de rester à la maison", affirme Amadou Mustafa, mal-voyant venu chercher un certificat de scolarité avec son fils d'une dizaine d'années qui le guide.

Sur un terrain poussiéreux, cinq gamins du quartier jouent au basket. Ils devraient être en cours au lycée des Martyrs. "On n'a pas cours depuis la rentrée (du 3 janvier), alors on joue ici. C'est à cause des rebelles du Séléka qui veulent prendre mon pays", explique Achille Balo, 15 ans et en 6e, partagé entre le plaisir des vacances forcées et "le retard à l'école".

Quelques centaines de mètres plus loin, au lycée Barthélemy Boganda, le plus grand établissement de la Centrafrique avec 10.500 étudiants, des élèves de terminale attendent leurs professeurs sur un banc.

"On a eu cours de philosophie hier mais aujourd'hui on est venu pour rien. Le professeur de mathématiques et celui de français ne sont pas là", raconte Arnaud Paleke, qui vit à environ une heure de transport en commun du lycée. "C'est embêtant. On passe le bac à la fin de l'année, et on aura des difficultés plus tard".

"C'est grave. On aura des insuffisances", renchérit Arthur Gonoporo, autre élève de terminale. "Les professeurs ont peur. Nous aussi, mais nous voulons étudier".

"Certains étudiants, mais aussi certains professeurs, ont peur et ne viennent pas", convient le proviseur du lycée Sylvestre Keteguia.

"Le matin, 80% des élèves sont là, mais l'après-midi, à peine 50% sont présents. Il est difficile d'avoir le coeur net, d'avoir l'esprit libre avec ce qui se passe. Beaucoup de parents disent à leurs enfants de rester à la maison", explique-t-il.

"Ceux qui habitent loin, ceux du PK 26 (point kilométrique à partir de Bangui sur la route du Nord où sont les rebelles) mettent beaucoup de temps à venir et à rentrer, alors, en raison du couvre-feu à 19h, ils restent chez eux. Je comprends les parents", ajoute-t-il.

"Mais nous avons demandé aux enseignants d'assurer les cours même s'il n'y a que la moitié des élèves dans la classe", poursuit le proviseur.

Le problème est similaire dans les administrations où de nombreux fonctionnaires ne se rendent pas à leur travail ou le quittent, bien avant la fin de leur service, admet un fonctionnaire du ministère du Commerce.

"C'est vrai qu'il y a une sorte de démobilisation. Pour travailler, il faut avoir la paix, l'esprit tranquille mais il y a aussi des fainéants qui se servent de la situation comme excuse. (Négociations de) Libreville ou pas, nous avons l'obligation de former les enfants centrafricains", souligne José Malot, chargé de mission au ministère de l'Education nationale.

"Si on ne forme pas les jeunes, le pays n'avancera jamais", conclut-il.