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Partir avec Barkhane au Sahel, "un accomplissement" pour les soldats français

C'était quelques jours avant la mort accidentelle de 13 camarades au Sahel. Des soldats du rang français déployés au Sahel avec la force antijihadiste Barkhane expliquaient à l'AFP ce qui, entre fierté et goût du risque, les motivait à braver le danger loin de chez eux.

"Pour l'action, l'aventure, le voyage !" Le soldat de première classe Adrien se rappelle pourquoi il a signé. Alors quand on lui a annoncé qu'il partait pour le Sahel avec Barkhane, il a ressenti de la fierté et de l'excitation.

Rien ne permet de dire si ces motivations figuraient aussi parmi celles des 13 officiers, sous-officiers et soldats que Barkhane a perdus dans la collision accidentelle de deux hélicoptères en opération au-dessus du Mali lundi soir.

Mais elles sont un reflet de ce qui, malgré les dangers et le doute grandissant autour d'eux sur l'intérêt de la mission, animait des militaires interrogés par l'AFP lors d'une récente et vaste opération menée avec les armées nationales contre les jihadistes entre Mali et Burkina Faso.

Barkhane, opérant depuis 2014 au Tchad, Mali, Niger et Burkina Faso, compte 4.500 soldats. D'autres forces, africaine, onusienne, sont déployées, en plus des armées nationales.

Mais, loin d'être éradiqués, les mouvements jihadistes prospèrent. Le centre du Mali, l'ouest du Niger, et le nord comme l'est du Burkina subissent quotidiennement attaques armées et poses de mines artisanales. Les morts de cette guerre se comptent par milliers, et les déplacés par centaines de milliers.

Depuis septembre, plus de 170 soldats maliens et burkinabè ont été tués sur le terrain. Un soldat français a été tué par une mine artisanale début novembre. Les 13 tués accidentellement lundi ont trouvé la mort lors de la traque de jihadistes.

- "Action" -

Les soldats de Barkhane interrogés mi-novembre, jeunes et volontaires, engagés pour l'action, n'ignorent pas le risque qui n'entame pas leur détermination. Le théâtre sahélien reste "la mission la plus concrète", disait le caporal Florian, 28 ans.

Lui est déployé depuis un mois au Sahel. "Quand on signe, on sait ce que ça signifie. Je me suis engagé pour partir, pour voir autre chose que le continent" européen.

Fantassin du 16e bataillon de chasseurs à pied, il s'était entraîné pendant un an avant d'arriver à Gao. L'opération Bourgou IV, sa première au Sahel, a été "l'accomplissement" de cet entraînement.

Un bilan de cette opération? "Il fait chaud !", disait-il sourire aux lèvres en soupesant son équipement d'une trentaine de kg. Florian se disait "fier" de représenter la France, de "faire des missions que d'autres ne font pas".

"Barkhane, c'est la plus grosse opération militaire à l'étranger. On sait qu'il va y avoir de l'action, ça fait plaisir, on s'est entraîné pour ça", avait abondé le première-classe Adrien du haut de sa tourelle de blindé.

Il a la vingtaine, il est tireur. Si l'ordre lui est donné, c'est lui qui actionne le canon de 25 mm du VBCI (pour Véhicule blindé de combat d'infanterie, fleuron de l'armée de terre française).

- "Frustration" -

Mais Adrien, après un mois de déploiement au Sahel et deux ans d'armée au compteur, n'a jamais tiré qu'à l'entraînement. "Quelque part c'est frustrant, mais quelque part c'est plutôt bon signe aussi".

Barkhane combat des jihadistes éparpillés, qui ne se regroupent souvent qu'avant d'attaquer. Les armées nationales et étrangères les traquent, avec plus ou moins de succès.

Comme Adrien, le caporal Florian ressentait de la "frustration" de ne pas avoir à mener de "missions plus intenses".

"Pour le moment, il n'y a pas eu de moment vraiment +chaud+. C'est ce qu'on attend, le contact", abondait le sergent Martin, 24 ans, dont cinq d'armée. C'est aussi sa première "opex", pour opération extérieure.

A Gao, principale base française au Sahel, le colonel Raphaël Bernard admettait: "Barkhane, c'est une opération où il y a beaucoup de frustration. Les soldats sont mieux entraînés avant de partir qu'en revenant. Mais quand on appuie sur la détente, on est sûr de notre coup".

Les contacts avec l'ennemi sont peu nombreux, sauf lors d'opérations très localisées, souvent déclenchées sur la base de renseignements. Lundi soir, c'est ce type d'opération qui a couté la vie à 13 soldats français.

AFP

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