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Une présidentielle pour remettre Bissau sur les rails de la stabilité

Les Bissau-guinéens élisent dimanche leur nouveau président avec l'espoir de lever un blocage dans lequel s'est empêtrée depuis des années une classe politique réputée corrompue et incapable de répondre aux besoins élémentaires d'une population parmi les plus pauvres au monde.

Si la campagne s'est déroulée pratiquement sans heurts, une certaine inquiétude de lendemains difficiles habite les près de 700.000 électeurs appelés aux urnes de 07H00 à 17H00 (GMT et locales) pour départager les 12 candidats --tous des hommes--. Quelque 6.000 soldats et policiers ont déjà voté jeudi.

Les premières tendances sont attendues en début de semaine. La date du 29 décembre a été retenue pour un second tour hautement probable.

Alors que près de 70% de ses quelque 1,8 million d'habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, cette ancienne colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest, abonnée aux coups d'Etat depuis son indépendance en 1974, a vécu ces quatre dernières années au rythme des querelles entre le président José Mario Vaz et la principale formation du pays, l'historique Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).

M. Vaz, élu en 2014 sous l'étiquette du PAIGC avant d'en être exclu, avait provoqué l'étincelle en limogeant en août 2015 son Premier ministre, Domingos Simoes Pereira, chef de cette même formation. 

Sa présidence a vécu au rythme des changements de Premier ministre, de la confrontation entre MM. Vaz et Pereira et des efforts de médiation des Etats ouest-africains. Dans le même temps, des grèves d'enseignants réclamant le paiement d'important arriérés de salaires paralysaient pendant des mois un secteur de l'éducation en déshérence.

- Campagne sans violence -

Deux semaines avant la présidentielle, la communauté internationale s'inquiétait encore d'une remise en question de l'élection et même de "risques de guerre civile", mais la campagne, épargnée par les violences, s'est achevée vendredi soir dans une ambiance festive, avec des bruyantes caravanes de candidats.

"C'est déjà un défi d'avoir organisé cette élection. C'est un pas qui a été franchi", a confié à l'AFP Julien Nounontin Oussou, chef du Groupe des organisations de la société civile locale (Gosce), chargée d'observer le bon déroulement du scrutin aux côtés d'observateurs d'organisations internationales.

Les favoris de l'élection sont des acteurs des crises des dernières années, à commencer par le président sortant, José Mario Vaz, et par son grand rival Domingos Simoes Pereira. Il y a aussi Umaro Sissoco Embalo, à la tête d'une dissidence du PAIGC, ou encore Nuno Nabiam, battu au second tour en 2014. Chassé par les militaires entre les deux tours alors qu'il était favori de l'élection de 2012, l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior tente à nouveau sa chance.

Après des années d'accusations de corruption et de trafic de drogue, le nouveau président pourrait être tenté d'amener avec lui "haine, rancoeurs et règlements de comptes", a confié un analyste à l'AFP, en estimant que "beaucoup d'hommes politiques vont devoir s'exiler" pour échapper à des poursuites judiciaires. 

- L'armée va-t-elle rester dans ses casernes? -

La présence de militaires en armes devant les grilles de la présidence et de véhicules de l'Ecomib, la force de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) déployée dans le pays depuis le coup d'Etat de 2012, rappellent que l'histoire de la Guinée-Bissau est jalonnée de putschs et d'assassinats politiques.

Mais l'armée n'est pas intervenue au cours des cinq dernières années et son chef, le général Biaguê Na Ntam, a assuré qu'elle ne pensait "plus à fomenter des coups d'Etat", laissant augurer qu'elle restera dans ses casernes.

Interrogés par l'AFP, de nombreux électeurs craignent néanmoins des troubles post-électoraux.

"Je crains que les gens se battent. Même si un candidat perd, il dit qu'il a gagné. Je crains un nouveau coup d'Etat", disait Lino Corréa, un lycéen de 20 ans. 

"Je n'ai pas peur, parce que je pense pas qu'il y aura un coup d'Etat", estimait en revanche Daouda Sylva, agent d'une société de transfert d'argent. Mais "l'école n'est pas bonne, les hôpitaux ne sont pas bons, tout coûte cher", ajoutait-il, avec "l'espoir que le prochain président va tout arranger".

AFP

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