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La tumultueuse Bissau élit son président avec la crainte de l'après

Les caravanes tapageuses qui scandent les noms des candidats à travers la Guinée-Bissau ces jours-ci pourraient donner une fausse impression: dans un pays abonné aux coups d'Etat, une certaine inquiétude du lendemain habitera les électeurs qui iront voter pour leur prochain président dimanche.

"Les problèmes vont commencer après l'élection. C'est un très mauvais moment qui me fait peur", dit Lino Corréa, lycéen de 20 ans dans la capitale Bissau.

Tous les Bissau-Guinéens interrogés par l'AFP avant le premier tour ne redoutent pas comme lui un énième coup de force. Ils sont préoccupés des conditions de vie, quand plus d'un tiers de la population vit avec moins d'un dollar par jour. Ils sont soucieux de travail, de santé, d'éducation.

Mais la stabilité est un enjeu majeur. Sans elle, les 1,8 million d'habitants peuvent faire une croix sur les réformes nécessaires pour espérer guérir des maux comme une pauvreté extrême, une corruption répandue et l'emprise alarmante du trafic de drogue.

"Je gagne 30.000 francs CFA (45 euros) par jour. Je dépense 13.500 francs pour le carburant et 13.000 francs pour payer le crédit pour le taxi que je conduis. Il ne me reste que 3.500 francs. C'est difficile", se lamente Thierno Malang Gomis, chauffeur de taxi de 35 ans.

"Si ce n'est pas la période de la récolte du cajou, c'est vraiment difficile", renchérit-il, rappelant la dépendance de ses compatriotes à une production qui constitue la principale source de revenus pour deux tiers d'entre eux, et en même temps la vulnérabilité de l'économie.

De la stabilité, l'ancienne colonie portugaise n'en a guère connue depuis l'indépendance de 1974. Quatre coups d'Etat, une kyrielle de tentatives de putsch et de chutes de gouvernement ont agité son histoire récente.

- Vaz jusqu'au bout -

La crise en cours au sommet du pouvoir a fait douter jusqu'au bout de la tenue de la présidentielle. Peu de violence, mais une paralysie quasiment complète depuis des années, imputée à une Constitution neutralisant les pouvoirs respectifs du président et du Premier ministre.

Quelques jours avant le vote, les listes d'électeurs n'avaient toujours pas été affichées dans les bureaux.

Des posters géants des douze candidats --tous des hommes-- s'affichent, eux, bel et bien dans les rues parcourues en trombe par des voitures et des motos ornées de drapeaux.

Les favoris de l'élection sont des acteurs des crises des dernières années, à commencer par le sortant, José Mario Vaz, et son Premier ministre en 2014-2015, Domingos Simoes Pereira, chef de l'historique Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), formation dominante au parlement.

Il y a aussi Umaro Sissoco Embalo, à la tête d'une dissidence du PAIGC, ou encore Nuno Nabiam, battu au second tour en 2014.

M. Vaz, élu cette année-là sous l'étiquette PAIGC, avait limogé en 2015 M. Pereira du poste de Premier ministre, instaurant une paralysie toujours d'actualité. Exclu depuis du PAIGC, M. Vaz concourt en indépendant. Il est le premier chef d'Etat en 25 ans à avoir terminé son mandat, les autres ayant été tués ou renversés.

- 'Sans tripatouillage' -

En campagne sous les manguiers et les arbres fromagers mercredi dans une banlieue de Bissau, M. Vaz, 62 ans, jouait la carte de la différence avec la classe politique régnante, refusant "de faire le jeu d'un petit groupe de gens qui pillent et volent les deniers publics".

Les élites ont mis le pouvoir en coupe réglée et accaparent les richesses, disent les experts. Le trafic de cocaïne sud-américaine qui prospère est pour certains une source de revenus comme une autre, disent-ils. Un rapport du centre de réflexion Institute for Security Studies souligne que les perdants de la présidentielle jouent non seulement leur avenir politique, mais "ils risquent aussi d'être poursuivis pour les crimes économiques qu'ils auraient commis". 

Au siège du PAIGC paré de banderoles, Dan Yala, une responsable de la campagne de M. Pereira, assure que celui-ci "s'occupera des couches vulnérables comme les femmes, les enfants, les vieillards et les anciens combattants", règlera le problème crucial des salaires impayés des fonctionnaires et attirera les investisseurs.

MM. Vaz et Pereira promettent de respecter le résultat des urnes. "S'il est transparent et sans tripatouillage", dit M. Vaz. Les Etats ouest-africains, médiateurs historiques en Guinée-Bissau, et d'autres ont dépêché leurs observateurs.

Même en l'absence d'un coup de force, ils redoutent que le statu quo se poursuive si la présidentielle est remportée par un adversaire de la majorité parlementaire élue en 2019. 

Près de 700.000 électeurs sont appelés aux urnes de 07H00 à 17H00 (GMT et locales). Les premières tendances sont attendues en début de semaine. La date du 29 décembre a été retenue pour un second tour hautement probable.

AFP

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