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Tunisie - Comment l'islamisme a divisé les femmes

«Il n’existe aucun article dans la Constitution tunisienne qui interdise le port du voile intégral! La justice est encore aux mains des gens de Ben Ali et les professeurs à la fac sont totalement racistes à notre égard.»

Nejla, étudiante en Master en sciences humaines, est en colère. Flanquée d’un niqab noir, elle résiste. Elle se dit victime d’un acharnement voire d’un harcèlement digne de celui de Ben Ali à l’encontre des islamistes. Selon elle, rien n’a changé depuis la chute du régime. Présidente de l’association de la femme musulmane, elle milite avec d’autres «niqabettes» pour soutenir la cause de l’étudiante vêtue d’un niqab qui accuse le doyen de la Faculté des sciences humaines de Tunis de l'avoir giflée.

Le 3 janvier a débuté ce procès emblématique opposant Habib Khazdaghli, le doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines de la Manouba à Tunis, à l'étudiante vêtue d'un niqab qui l'accuse de l'avoir giflée. Des faits qui remonte à mars 2012 à la suite d'un nouvel incident impliquant des salafistes dans cette université.

Le même jour à Tunis, deux groupes antagonistes sont dans la rue pour manifester à l'occasion du début de ce procès. «Les Tunisiennes s’affrontent en deux camps distincts que rien ne semble rapprocher», écrit le Journal du dimanche. «Niqabettes» contre «les démocrates».

Khaoula Rachidi fait partie du camp des «démocrates», plus nombreux, qui prônent la résistance citoyenne face aux velléités islamistes et salafistes.

Le 7 mars 2012, cette étudiante tunisienne s’était opposée à un salafiste qui s’apprêtait à planter le drapeau noir des islamistes sur le toit de la faculté des lettres de Manouba.

«L’islamisation de notre pays n’est plus rampante mais brutale», déclare-t-elle.

Dans les rangs «des démocrates», on pense que le loup salafiste est déjà dans la bergerie… depuis une dizaine d’années. Les plus orthodoxes ne se cachent plus. La présence des femmes portant le niqab sont, pour elles, la preuve que la Tunisie s’islamise.

Nawel Skandrani, chorégraphe et professeur de danse, pense que le pire reste à venir. Elle vit et se bat pour que le corps de chacun puisse se mouvoir et s’exprimer librement. Or les salafistes cherchent avant tout à le cacher et l’extraire de la place publique.

«Pour l’instant, ils s’occupent du verbe, de la parole qu’ils considèrent dans l’immédiat plus dangereux. Mais le corps tabou sera sûrement et très vite un nouvel enjeu pour eux», dit-elle.

Lu sur JDD

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