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Un lion du parc national du Serengeti, Tanzanie, août 2012. © REUTERS/Noor Khamis
Un lion du parc national du Serengeti, Tanzanie, août 2012. © REUTERS/Noor Khamis

Les Ivoiriens doivent cesser d'entretenir les prédateurs

Pour l'éditorialiste Venance Konan, il devient plus qu'urgent que la Côte d'Ivoire et toute l'Afrique se dressent face aux dérives de ceux qui sont censés être à leur service.

Au début de l’année 2003, partis de Nzérékoré (sud-est de la Guinée) pour Conakry, en Guinée, par la route, nous sommes arrivés à la porte de la capitale, un peu avant minuit. Le chauffeur s’est arrêté et nous a expliqué que nous devions passer la nuit là. Pourquoi?

Parce qu’il n’y avait plus de taxis en ville et qu’il ne pourrait déposer chaque passager chez lui. C’était trop dangereux de les laisser tous seuls dans la ville, à cette heure-là.  

«Trop de bandits en ville?», ai-je demandé. «Non, trop de policiers!», m'a-t-on répondu. Oui, à cette époque, le grand danger à Conakry, à la nuit tombée, n’était pas les bandits, mais les policiers. Ceux à qui la société avait confié la mission de la protéger. Nous étions là au stade ultime d’un système qui s’autodétruit.

Les citoyens paient, à travers leurs impôts, en toute conscience (puisque tout le monde savait ce que les policiers faisaient), des salaires et des armes à un groupe d’hommes pour qu’ils les détroussent, les malmènent, les tuent.

Aucune complicité avec les parasites

Je suppose que lorsque les autres fonctionnaires se mettent en grève pour demander une augmentation de salaire, les policiers se joignent à eux, et lorsque, effectivement, ces salaires sont augmentés, ils en profitent aussi.

C’est, à des degrés divers, le comportement de la plupart de nos fonctionnaires dans nos pays, surtout ceux à qui nous avons donné des armes.

En République démocratique du Congo, chaque fois que le pays est attaqué, les militaires commencent par piller et violer leurs concitoyens, avant de laisser la place aux assaillants qui font exactement la même chose.

Au Mali, lorsque le capitaine Sanogo a pris le pouvoir, les militaires ont commencé par piller les biens des civils.

Lorsqu’il y a eu la guerre en Côte d'Ivoire, toutes les localités où nos soldats ont stationné pour «protéger» les populations civiles peuvent témoigner de toutes les exactions subies par elles de la part de nos «braves» soldats qui n’avaient cessé de réclamer, tous les jours, ce qu’ils appelaient des «haut-les-cœurs», c’est-à-dire des primes de guerre.

Oui, nos soldats réclamaient, chaque mois, des primes, pour la guerre qu’ils ne faisaient pas contre ceux qu’on appelait les rebelles, mais plutôt contre les populations civiles, celles-là dont les impôts devaient servir à les payer.

C’est là, la perversion de nos systèmes qui font que, malgré toute la bonne volonté de certains de nos leaders, malgré tous les efforts de ceux qui veulent sincèrement nous aider, nous ne décollerons jamais.

L'intransigeance, condition de la relance économique

Quand une entreprise, un système ou un Etat paie des milliers de personnes à ne rien faire, c’est déjà stupide et contre-productif. Et Dieu seul sait combien de personnes nous payons à ne rien faire dans nos administrations.

Mais quand, en plus, une société paie des milliers de gens dont la principale besogne est de ralentir l’activité économique, de harceler, malmener, rançonner ceux qui paient leurs salaires, c’est qu’elle est en train de se suicider.

Si nous acceptons, sans dire un mot, que des policiers, gendarmes, douaniers, contrôleurs d’impôts ou FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire) rançonnent tous les transporteurs de passagers ou de marchandises, tous les commerçants, tous ceux qui vont chercher le cacao dans les plantations pour le livrer dans les ports, que des «Eaux et Forêts» fassent pire que des braconniers, qu’à tous les niveaux de notre administration, des personnes payées par nos impôts nous rackettent avant de faire ce pour quoi nous les payons déjà; si nous acceptons tout cela sans broncher, sans murmurer, sans jamais protester, sans chercher à nous plaindre, sous-prétexte que «c’est comme ça»; si nous acceptons d’entretenir, à grands frais, des parasites et des prédateurs, il ne servirait alors à rien de parler de développement ou de pays émergent dans un futur datable.

Ce serait juste des incantations destinées à endormir le peuple pour mieux l’exploiter, ou pour capter les fonds des bailleurs. Nous n’en sommes pas encore au stade de la Guinée de 2003 (je ne sais pas si les choses ont changé dans ce pays, depuis lors), mais nous devons veiller à ne pas y arriver.

Nous devons être intolérants là-dessus. Pour mémoire, signalons que le Ghana a commencé à décoller lorsqu’il a réussi à mettre au pas la grande majorité de ses parasites et prédateurs.

Venance Konan (Fraternité Matin)

 

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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