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Des supporters algériens lors d'un match Algérie-Libye, à Casablanca, septembre 2012. © FADEL SENNA / AFP
Des supporters algériens lors d'un match Algérie-Libye, à Casablanca, septembre 2012. © FADEL SENNA / AFP

CAN 2013: l'ambition retrouvée du foot algérien

Portée par le Franco-Bosniaque Vahid Halilhodzic, la sélection algérienne s’est sortie de son marasme et s’affirme à nouveau comme une force majeure du football africain. Assez pour briguer la CAN 2013?

«Tout va très vite dans le football.» Un vieux dicton du ballon rond qui sied à ravir à la sélection nationale d’Algérie.

En moins d’un an, celle-ci s’est métamorphosée, passant d’une équipe minée par les crises sportives et internes à un collectif sérieux qui inspire de nouveau plus la crainte que la dérision. Un changement imputable à un homme: son sélectionneur Vahid Halilhodzic.

Pourtant, à sa nomination en juillet 2011, le technicien semble face à une mission impossible.

L’Algérie traverse alors une période trouble: après une Coupe du monde 2010 ratée (un nul et deux défaites), elle n’a su se qualifier pour la CAN 2012, et les libertés que s’accordent plusieurs joueurs nuisent à la bonne marche du groupe.

Et malgré sa réputation d’entraîneur autoritaire, Halilhodzic suscite plus le scepticisme qu’autre chose. Lui-même évoque ses premières impressions quand il a pris en main les Fennecs:

«J’ai vu une équipe à bout de souffle, en fin de cycle. Les joueurs traversaient une mauvaise période (…), la situation était très pesante. Il fallait tout reconstruire. J’ai d’ailleurs failli renoncer à mon arrivée», a-t-il confié au Parisien en novembre 2012.

La méthode Vahid

Pour relancer la machine algérienne, le Bosnien opte pour un virage complet avec les précédentes habitudes. Terminés, les avantages et passe-droits. L’ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire, fidèle à lui-même, se montre intransigeant avec ses ouailles et n’hésite pas à sanctionner.

«J’ai mis fin à certains privilèges. Des joueurs m’ont expliqué que cela ne servait à rien de travailler à l’entraînement parce qu’on savait déjà qui allait être titulaire. Ça arrive souvent dans les sélections africaines. Mais avec moi, ce n’est pas comme ça, le meilleur joue.»

Même si son caractère lui a déjà joué des tours dans sa carrière d’entraîneur (au PSG notamment), Halilhodzic impose sa rigueur, quitte à piquer l’égo de certains joueurs. Beaucoup adhèrent, d’autres moins. Peu à peu, les noms de quelques tauliers tels que Karim Ziani, Nadir Belhadj ou Anthar Yahia disparaissent, laissant planer une atmosphère tendue.

A l’inverse, coach Vahid incorpore de jeunes joueurs, issus d’Europe (Sofiane Feghouli, la pépite du FC Valence) comme du championnat local (Saïd Belkalem, Islam Slimani), même s’il estime que ces derniers ont besoin de travailler davantage. Le brassard de capitaine est lui confié à Medhi Lacen.

Gagner, toujours gagner

L’état d’esprit change en même temps que la qualité de jeu. Alors que l’Algérie de Rabah Saadane et d’Abdelhak Benchika était réputée pour son peu d’allant offensif (un seul but marqué contre six encaissés sous Benchika, resté 10 mois), celle de Halilhodzic pratique un jeu attrayant, marque des buts… et goûte à nouveau au succès.

«Je suis triste après chaque défaite, presque malade. J’ai la rage de vaincre, je déteste perdre. En France, on pense d’abord à se faire plaisir. C’est une fausse mentalité. Il faut gagner», assure-t-il dans Onze Mondial.

Les résultats ne se font pas attendre pour cette nouvelle Algérie. Depuis le début de l’ère Halilhodzic, elle compte huit victoires, un match nul et deux défaites (face au Mali en qualifications pour le Mondial 2014 et contre la Bosnie, en amical), marquant au total vingt et un buts pour six encaissés. Et en dominant nettement la Gambie et la Libye, les Fennecs se sont offert leur billet pour l’Afrique du Sud et la CAN 2013.

Autre signe de renouveau: à la faveur de ses résultats, l’Algérie pointe, depuis novembre 2012,  au 19e rang du classement FIFA juste derrière le Brésil. Soit le plus haut niveau de son histoire, alors qu’elle n’était que 52e, en juillet 2011, remarque coach Vahid.

S’il est conscient que la tendance peut très vite s’inverser, Vahid Halilhodzic a néanmoins tout réussi jusqu’à présent: qualifier la sélection pour la CAN, ramener de l’ordre dans la maison algérienne, et gagner les faveurs du public.

CAN 2013: demi-finale minimum!

A l’heure de retrouver la compétition reine en Afrique, l’Algérie a tout de même sa dose de pression. La fédération nationale rêve d’un nouveau sacre, 23 ans après l’unique victoire glanée sur ses terres par la bande d’un certain Rabah Madjer. Mais l’objectif minimum à atteindre est légèrement plus modeste : atteindre les demi-finales, comme en 2010.

La tâche ne s’annonce pas aisée, car les Fennecs devront composer avec de sérieux obstacles.

Les blessures d’abord, qui n’épargnent pas les joueurs éligibles. Vahid Halilhodzic a ainsi dû écarter de sa liste des joueurs importants tels que Madjid Bougherra, à court de compétition, et Hassan Yebda, à peine remis d’une grave blessure au genou droit. Djamel Abdoun, convoqué dans un premier temps, est finalement forfait.

L’autre challenge, pour envisager les quarts puis les demies, sera de terminer à l’une des deux premières places du groupe D, le plus relevé de tous.

L’Algérie devra faire face à la Tunisie, au Togo et à… la Côte d’Ivoire, habituelle favorite et ancienne équipe de Halilhodzic. Clin d’œil supplémentaire pour le Bosnien: après 24 matches sans défaite, il fut démis de ses fonctions à la tête des Eléphants après une élimination en quarts de finale de la CAN 2010 contre… l’Algérie!

Avec un groupe ne comptant que deux trentenaires et beaucoup de joueurs clefs encore jeunes (moyenne d’âge du groupe: 26 ans), l’Algérie pourrait souffrir face à des équipes expérimentées comme la Côte d’Ivoire, le tenant du titre zambien ou le Nigeria (ces deux derniers étant des adversaires potentiels si l’Algérie sort de sa poule). Vahid Halilhodzic le sait, mais croit tout de même au potentiel des partenaires de Foued Kadir:

«L’objectif sera d’aller le plus loin possible. Mes gars manquent d’expérience, beaucoup d’entre eux n’ont jamais disputé de grande compétition. C’est une équipe certes prometteuse, mais qui a encore une grande marge de progression. Il y a une très forte osmose. C’est ce qui rend ce groupe si compétitif. Les jeunes ont soif de bons résultats.»

Une soif bientôt étanchée en Afrique du Sud? Les Fennecs en rêvent, tout en lorgnant vers le Brésil et la Coupe du monde 2014.

Nicolas Bamba

 

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Nicolas Bamba

Nicolas Bamba est un journaliste français, attaché au thème du sport notamment. Il a collaboré avec L'Equipe et Sports.fr

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