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Abdelaziz Bouteflika, Alger, novembre 2012. © REUTERS/Louafi Larb
Abdelaziz Bouteflika, Alger, novembre 2012. © REUTERS/Louafi Larb

Bouteflika, dernier résistant d'une époque révolue

Le président algérien s'est toujours présenté comme l'homme-providence. Sauf qu'en Algérie, le changement ne peut venir d'une seule personne.

Durant ses deux premiers mandats, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, s’est assené la tâche «de relever l’Algérie et de la réconcilier avec elle même».

L'ambition d'être l'homme-providence est une qualité, mais le pouvoir est enivrant.

Bouteflika est un homme du système, avant toute autre chose. C’est la transcendance de soi qui permet de réaliser des faits marquants. Dans ce domaine, le chef de l'Etat algérien s’est avéré incapable, à l’instar de ses homologues arabes.

Par ailleurs, vouloir rester président, juste pour le titre, semble l’autre ambition cachée d'Abdelaziz Bouteflika, certainement celle qui le motive le plus, mais qu’il n'osera probablement jamais avouer publiquement. Alors on maquille la réalité par des grands discours, pour mieux la travestir.

Le culte de la personnalité

Bouteflika vieillit mal; plutôt que de cultiver la sagesse, il cultive le culte de sa personnalité.

Décider de rester au pouvoir à 75 ans est une pratique que l’on ne rencontre que dans les pays réfractaires au principe de la légitimité par les urnes.

La parenthèse démocratique de 1988 —le printemps algérien inachevé— avec tous les espoirs qu’elle avait pu susciter, a laissé place à un retour à la case du «faux départ» du début: le changement dans la continuité, à savoir la pratique d’un pouvoir sans partage, comme au temps du parti unique, le FLN.

Ainsi, le 12 novembre 2008 le Parlement algérien avait adopté massivement la loi initiée par le président Bouteflika, qui avait permis de bricoler l’article de la Constitution qui limitait la durée de la présidence algérienne à deux mandats de cinq ans.

Du coup, un grand boulevard était offert à notre raïs pour rempiler autant de mandats qu’il le souhaitait, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Notre président aux trois mandats semble préparer le terrain pour rempiler un pour un quatrième. Tout homme politique qui se respecte, dressera un jour ou l’autre le bilan de son parcours. Il osera enfin se livrer à une autocritique pour savoir quel homme il fut.

Le jour où Bouteflika fera son bilan et tirera les conclusions qui s’imposent, sans faux semblants; alors ce jour là, ses «plébiscites» aux scores staliniens, lui causeront un véritable cas de conscience. Ce n’est pas les scores d’un démocrate, loin s’en faut, mais plutôt d’un Ben Ali.

Le highlander d’une époque révolue

En la matière, Bouteflika n’innove aucunement, il ne fait qu’importer en Algérie (d’ailleurs qu'est-ce que l’on n’importe pas dans ce pays?) la tendance monarchiste du monde arabe moyen-oriental et qu’on a tenté de reproduire dans notre Maghreb «républicain».

Avant sa chute mortelle, Khadafi préparait son fils Seif al-Islam à sa succession, en Lybie, au même titre que Moubarak, en Egypte, qui mettait en avant Gamal, le digne rejeton de son géniteur, ou encore, de Ben Ali, qui partageait le pouvoir en famille, en Tunisie.

Au royaume chérifien, c’est clair, le trône est une affaire d’héritage et de sang «souverain», nul besoin donc de s’interroger sur la relève, que par la succession génétique.

En Algérie, il est question que Bouteflika «consulte» les Algériens pour une énième modification de la Constitution. Pour quoi faire? Pour meubler la vacuité politique, permettre à l’opposition de justifier son salaire de courtisane râleuse mais consentante, feindre l’ouverture démocratique qui justifierait le soutien que Washington et Paris apportent au survivant régime algérien et l’exceptionnel Bouteflika; celui qui sait gérer la crise chez les autres, en transformant la manne financière de l’Algérie en bons de trésors américains et en signant des contrats avec la France.

Même la plus parfaite des Constitutions n’aura aucune vertu curative sur un corps vieilli et malade, Bouteflika en l’occurrence. Le problème de l’Algérie ne réside pas dans ses lois, mais dans  leur non application. Ceux qui les votent sont les premiers à ne pas les respecter, à en faire fi.

Bouteflika, comme le peuple algérien au lendemain du prochain scrutin présidentiel de 2014, aura du mal à avaler ses propres couleuvres, tellement elles seront énormes.

Fayçal Anseur (Algérie Focus)

 

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