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Centrafique: les rebelles n'excluent plus d'entrer dans Bangui


Des militaires français arrivent à l'aéroport de Bangui, le 28 décembre 2012 Armée de terre/AFP/Archives

Les rebelles centrafricains, en position de force, ont demandé dimanche le départ du président François Bozizé et n'excluent plus d'entrer dans Bangui sous tension, où Paris a envoyé de nouveaux renforts.

Face à la progression des rebelles vers Bangui, la France a annoncé l'envoi de 180 hommes supplémentaires et deux hélicoptères Puma, portant ses effectifs à 580 soldats. Ce dispositif doit permettre une évacuation des Français et autres Européens si besoin, selon le ministère de la Défense.

Sur le plan diplomatique, le président de l'Union africaine, le Béninois Thomas Boni Yayi, est arrivé à Bangui où il devait rencontrer le président centrafricain dans l'espoir d'instaurer un dialogue après trois semaines d'offensive éclair du Séléka.

Mais la rébellion qui a pris le controle samedi de la ville de Sibut, s'installant à 160 km de la capitale, ne semblait guère disposée à négocier.

Interrogé au téléphone par l'AFP, son porte-parole Eric Massi s'est dit "très sceptique sur la volonté de Bozizé de respecter d'éventuels accords".

"La question (du départ de François Bozizé) doit être discutée avec l'Union africaine", a-t-il ajouté, soulignant que "le président Bozizé doit reconnaître sa défaite militaire sur le terrain (...) et en tirer les conclusions".

Pour la première fois, il a évoqué une entrée dans Bangui qu'il avait exclu jusqu'à présent.

"Bozizé a l'intention de livrer bataille à Bangui, et si la situation l'exige, nous prendrons des dispositions", a affirmé le porte-parole, se disant "inquiet de la situation sécuritaire à Bangui" pour les familles et proches du Séléka "qui sont harcelés, intimidés et même enlevés".

L'avancée des insurgés qui ont lancé leur offensive le 10 décembre a entrainé l'instauration d'un couvre-feu dans la ville où tout déplacement a été interdit de 19H00 (18H00 GMT) à 05H00.

Les Etats d'Afrique centrale, qui ont plus de 500 soldats via leur force de pacification régionale en Centrafrique, ont tracé une ligne rouge à l'avancée des rebelles.

"Les forces de la CEEAC sont en état d'alerte maximale, et la ville de Damara constitue la limite à ne pas franchir", a déclaré à la radio le chef de mission de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale, Antonio Di Garcia.

"Nous demandons aux FACA (les forces gouvernementales) et aux rebelles de ne pas dépasser leurs positions actuelles et de laisser une chance au dialogue", a ajouté M. Di Garcia.

Le Séléka qui n'a jusqu'à présent rencontré que peu de résistance n'a plus qu'à prendre la dernière localité verrou de Damara - où sont regroupées les Forces armées centrafricaines ainsi qu'un contingent "d'interposition" de l'armée tchadienne- pour avoir la voie libre vers la capitale, à 75 km au sud.

La France a souligné que ses forces n'interviendraient pas dans la crise pour défendre le régime, disant seulement vouloir protéger ses ressortissants et les autres Européens.

La tension était palpable à Bangui.

"Le couvre-feu instauré par le gouvernement n'est pas mauvais du tout. Ca va permettre au gouvernement de contrôler le pays, parce que nous vivons actuellement dans l'insécurité", a commenté dimanche à l'AFP un habitant.

Selon une Française résidant à Bangui interrogée par l'AFP, l'ambassade de France a envoyé dimanche matin par sms le message suivant: "Aujourd'hui, recherche de sortie négociée du conflit, prudence, rester chez soi ou chez des amis".

En cas d'échec des négociations, elle a estimé que "le risque, ce sont les pillages, les agressions..."

Samedi soir, les rues étaient désertes, tous les restaurants du centre se sont dépêchés de fermer et de nombreux magasins fermés eux aussi étaient gardés par des hommes armés de machettes de crainte de pillage.

Des barrages de jeunes armés de machettes sont aussi apparus dans les 4e et 8e arrondissements, le fief du président centrafricain, dans le nord de Bangui.

Le Séléka, qui a repris les armes le 10 décembre pour réclamer "le respect" de différents accords de paix signés entre 2007 et 2011, s'est assuré du controle de la majeure partie du territoire centrafricain sans rencontrer de véritable résistance.

La Centrafrique, pays enclavé de cinq millions d'habitants, parmi les plus pauvres de la planète, était engagé depuis 2007 dans un processus de paix après des années d'instabilité, de multiples rébellions et mutineries militaires qui ont ravagé son tissu économique et l'ont empêchée de tirer profit de ses ressources naturelles.