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The Celibate Nympho, la websérie qui dévoile la sexualité de la femme noire

La série fait un carton sur le Web, en abordant de façon crue, la question du désir sexuel chez la femme noire.

Le succès que connaît la websérie africaine-américaine The Celibate Nympho Chronicles est de ceux qui peuvent naître des plus grandes frustrations (et, peut-être, d’un certain nombre d’injustices).

Quand, il y a un peu plus d’un an, l’actrice et jeune réalisatrice noire-américaine de 33 ans, Tanjareen Martin, monte le projet du feuilleton qui bat aujourd’hui tous les records d’audience sur le Web, c’est d’abord pour exprimer un ras-le-bol personnel, explique-t-elle, dans une récente interview accordée au site «identitaire» BlackSnob.

Un dépit qui est celui d’une femme en mal d’amour et… de sexe (et donc, incomprise, pour ne pas écrire insatisfaite).

Pour conjurer cette sorte de «mauvais sort» qui la pousse à n’enchaîner que de courtes relations avec les hommes qui, du reste, peinent à répondre à toutes ses attentes, la jeune femme se lance le défi de dévoiler son intimité, persuadée que cela fera œuvre d’utilité publique.

«Je me disais que parler de façon décalée de sexualité ne pourrait que libérer et valoriser les talents. J’ai surtout pensé que cela pourrait aider la société à être moins coincée.»

Seulement, Tanjareen ne parle pas de la question du désir chez la femme (seulement) de façon décalée. Elle aborde même le sujet de façon on ne peut plus crue, «raw», comme on dit aux States. Les scènes sont si suggestives qu’elles sont floutées, par endroits…

Les chroniques de la célibataire nymphomane que relate cette websérie sont une histoire a priori banale: la vie d’une jeune femme africaine-américaine qui multiplie les aventures sexuelles avant de trouver l’homme idéal.

L’héroïne (incarnée par la réalisatrice du feuilleton) aime le sexe et toute occasion est bonne pour l’exprimer.

Il fallait oser une telle crudité. Car, s’il est devenu un peu plus aisé de parler de sexe dans une Amérique que l’on sait encore assez puritaine, parler de la sexualité de la femme, et notamment de la femme noire, relevait presque de la provocation.

Et pourtant, ce sont cette franchise et cette honnêteté sur des questions aussi sensibles qui semblent plaire.

«J’ai décidé d’être crue, parce que le sexe fait vendre, confie encore Tarjaneen Martin sur BlackSnob. Le sexe fait vendre, et la vérité aussi. Et la vérité, c’est que les femmes aiment le sexe autant que les hommes, juste pour leur plaisir.»

Un discours presque militant, même si l’actrice et réalisatrice se défend de tout engagement féministe.

En tout cas, ce n’était pas l’objectif au départ, souligne-t-elle. Toujours est-il que la question, qui est posée à travers cette websérie est tout aussi bien valable en Afrique.

La femme a-t-elle le droit de se confier, si l’envie lui prend, sur sa sexualité? Une femme cesse-t-elle d’être une femme lorsqu’elle se met à parler, comme bon lui semble, de cette chose qui fait frémir tous les êtres humains: le désir sexuel.

Sur le continent, les féministes encore emprisonnées dans un conformisme social et des pesanteurs liées aux «traditions» semblent avoir réglé, elles-mêmes, la question: la sexualité de la femme ne s’exprime qu’en silence… ou en cachette (Et, hélas, les frustrations que cela peut provoquer, aussi).

En Europe, la question n’est pas davantage réglée, où nombre de tabous existent encore. Même si certaines comme la romancière et réalisatrice féministe française, Virginie Despentes, connue pour sa subversion, a réussi à faire lever une chape de plomb.

The Celibate Nympho Chronicles, avec sa petite dizaine d’épisodes a donc fait du langage de la vérité et de la simplicité, la clé de son succès. 

Ce n’est, sans doute, pas un hasard si la série a raflé tous les prix, en 2011, peu de temps après son lancement, au festival de Webséries de Los Angeles.

Raoul Mbog

 

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