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Tunisie: la foule se presse devant les objets de luxe des Ben Ali


Exposition-vente de biens ayant appartenu à l'ex-président tunisien Ben Ali et à ses proches, le 23 décembre 2012 dans la banlieue de Tunis AFP Fethi Belaid

Professionnels agissant pour le compte d'acheteurs du Golfe, amateurs de luxe ou simples curieux: l'exposition-vente de biens ayant appartenu à l'ex-président Ben Ali et à ses proches a attiré dimanche une foule hétéroclite à Gammarth, au nord de Tunis.

"Nous sommes là par curiosité, pour voir l'étendue de l'arnaque dont ce pays a été victime", explique Mehdi, 25 ans, accompagnant son oncle, un passionné de voitures, à l'ouverture de l'exposition au public dans un hôtel de cette banlieue chic.

"Cela ressemble à du voyeurisme", ajoute-t-il, se disant "mal à l'aise devant un luxe insultant pour des Tunisiens plongés dans la misère".

Une Ferrari rouge vif ayant appartenu à Imed, le neveu gâté de Zine El Abidine Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi, et une Porsche cabriolet flambant neuve destinée à leur enfant cadet trônent sous haute garde à l'entrée de la salle Cléopâtre au décor pharaonique, face à la baie couleur turquoise.

La collection de 39 voitures de luxe, dont une vingtaine seulement étaient exposées dimanche, intéresse au plus haut point un acquéreur anonyme achetant pour le compte d'un prince d'Arabie saoudite.

"Nous avons fait la demande trois fois depuis février, mais nous avons dû attendre cette exposition. Aujourd'hui, nous sommes prêts", confie-t-il.

Autres vedettes de l'exposition organisée par le gouvernement pour un mois mais qui pourrait être prolongée, des Mercedes et BMW de séries limitées, une Lamborghini blanche et une Bentley continental sport. Egalement en vente, une Cadillac blindée mise en circulation six mois avant la chute de Ben Ali en janvier 2011, sous la pression d'une révolte populaire.

"No comment!", lance un jeune couple BCBG caressant une Maybach 62, "un cadeau du Libyen Kadhafi à Ben Ali", dit-on.

Costumes-cravates et ensembles chics côtoient baskets, jeans et blousons dans les salles de l'hôtel. "Environ cent personnes étaient présentes à l'ouverture", se réjouit Affef Douss, organisatrice en chef pour le compte du ministère des Finances, en évoquant "une bonne affluence".

"Argent du contribuable dilapidé"

Le gouvernement espère récupérer 10 millions d'euros de la vente des biens ayant appartenu à Ben Ali, réfugié aujourd'hui avec sa femme en Arabie saoudite, et à 114 de ses proches. Le régime Ben Ali, premier à être renversé par la vague du Printemps arabe, était gangrené par la corruption et le népotisme.

Mehdi Ben Garbia, un député, explique être venu pour "se faire une idée de la manière avec laquelle l'argent du contribuable a été dilapidé". Tout comme les membres du gouvernement, les parlementaires n'ont pas le droit d'acheter.

Les oeuvres d'art, bibelots, meubles et certains tapis seront dans leur écrasante majorité vendus au plus offrant, leur valeur estimée dépassant les 5.000 euros. On trouve notamment des animaux en or massif, des chevaux en cristal, un olivier en argent de 80 cm de haut, des horloges antiques...

Dans la dernière salle, gardée par des capitaines de la douane, la foule est fébrile devant les effets, fourrures et accessoires de grandes marques françaises, italiennes ou américaines. Les chaussures et sacs de Madame réputée avide de luxe sont proposés entre 300 et 1.500 euros, soit deux fois le Smic tunisien pour le moins cher.

Sur les 400 bijoux et parures confisqués par l'Etat, une vingtaine sont exposés. Pièce unique, le "collier-de-chien", un serre-cou fait sur mesure pour l'ex-première Dame de Tunisie, illumine la salle avec ses 1.000 diamants.

Un médecin résidant en France discute avec un expert diamantaire, mais son épouse finit par l'éloigner. "Mon mari veut acheter, mais en réalité je suis dégoûtée. Ce sont des bijoux fabuleux mais qui racontent une histoire douloureuse".