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Un businessman égyptien en exil déterminé

Le businessman égyptien exilé en Espagne Mohamed Ali, à l'origine de rares manifestations contre le président Abdel Fattah Al-Sissi en septembre, dit travailler avec l'opposition pour renverser le dirigeant égyptien et évoque une nouvelle mobilisation à venir.

"Nous lancerons un appel aux masses, mais pas maintenant (...) dans deux ou trois semaines", a-t-il dit dans un entretien à l'AFP en Espagne où il assure être exilé depuis un an. "Nous voulons réduire les risques d'affrontement (avec les forces de l'ordre) (...). La prochaine étape doit être mesurée car nous ne voulons pas de bain de sang", a-t-il précisé.

Homme d'affaires dans le secteur du bâtiment et acteur âgé de 45 ans, M. Ali s'exprimait depuis un bureau au décor minimaliste donnant sur la Méditerranée près de Barcelone, d'où il a posté en septembre des vidéos accusant M. Sissi de corruption et appelant à manifester contre lui.

Face à la caméra, enchaînant les cigarettes, M. Ali avait assuré dans des monologues de 30 minutes visionnés des millions de fois que les hauts responsables militaires dépensaient l'argent public dans des projets inutiles, tels que des palais présidentiels.

Toutefois, il n'a jamais fourni de preuves concrètes de ses allégations.

Ces vidéos ont abouti le 20 septembre à de rares manifestations de centaines de personnes au Caire et dans plusieurs autres villes égyptiennes.

-"Pas de liberté"-

Bien qu'ayant surpris les autorités dans un premier temps, les rassemblements ont été rapidement dispersés par la police. Un nouvel appel à manifester la semaine suivante a rassemblé quelques centaines de personnes, très vite dispersées également.

Mais les propos de M. Ali ont fait mouche parmi de nombreux Egyptiens, victimes d'une baisse spectaculaire du pouvoir d'achat depuis 2016 en raison de réformes économiques. 

"J'ai dit aux gens de sortir le vendredi dans un moment d'exaltation. Certain m'ont même reproché d'avoir appelé à une révolution à moi seul", a-t-il dit. 

Après ces rares manifestations, quelques 4.000 personnes ont été arrêtées, soit la pire vague de répression depuis l'arrivée au pouvoir de M. Sissi en 2014, selon les organisations de défense des droits humains. 

Certains, dont des enfants, des femmes, des personnes âgées et des étudiants, ont été remis en liberté, mais aucun chiffre n'a été communiqué par les autorités.

"Des gens ont été arrêtés à cause de moi... Cela montre au monde que (sous le régime de M. Sissi), il n'y a pas de liberté", a estimé M. Ali.

"Leurs arrestations m'ont attristé", a-t-il ajouté, "mais elles me donnent l'énergie de continuer pour qu'ils soient relâchés, ainsi que ceux qui ont été arrêtés avant" eux.

Depuis la destitution en 2013 du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, M. Sissi a sévèrement réprimé toute opposition, islamiste comme libérale, emprisonnant journalistes, blogueurs, comédiens ou encore avocats.

La sécurité a été renforcée dans la capitale égyptienne depuis septembre, la police procédant à des arrestations et des contrôles d'identité de citoyens au hasard, vérifiant le contenu de leurs téléphones portables.

Les manifestations sont interdites en Egypte depuis 2013 et l'état d'urgence est en vigueur depuis 2017.

Même si l'opposition a été décimée par le pouvoir de M. Sissi, M. Ali affirme avoir noué contact avec certains de ses représentants.

-"Nous débarrasser de Sissi"-

"L'opposition à l'intérieur et à l'extérieur de l'Egypte est avec moi car nous avons tous le même objectif de nous débarrasser de Sissi", a lancé M. Ali.

"Les Frères musulmans ont accueilli mon idée favorablement. Ils sont avec moi et sont mes bons copains... Je n'ai aucun problème à annoncer ça. Il (Sissi) les a classés organisation terroriste mais ils sont aussi des gens respectables", a estimé le businessman. 

La confrérie a été interdite et classée terroriste en 2013, quelques mois après la destitution de M. Morsi par M. Sissi, alors chef de l'armée.

Après le succès des vidéos de M. Ali, des médias et des célébrités pro-gouvernement ont lancé une campagne contre le businessman et les Frères musulmans. M. Ali y a été qualifié d'alcoolique et de coureur de jupons, dont le but est de semer le chaos.

Mais l'homme ne se dit pas intimidé, même s'il affirme recevoir des menaces de mort de la part de responsables égyptiens anonymes.

Par ailleurs, il assure ne recevoir aucun soutien de l'armée, malgré des rumeurs le disant sous le contrôle de certains membres d'agences de sécurité.

"La prochaine étape, c'est que je l'expose (Sissi) devant le monde. Je vais faire savoir à l'Occident et à ceux qui lui octroient des prêts, où l'argent est dépensé", a-t-il dit.

Evoquant ses futurs appels à manifester, il se dit "confiant" dans le fait que "les gens vont manifester".

"Au début c'était de la colère, mais cette fois-ci les manifestations doivent être réelles afin que nous puissions le faire tomber", insiste-t-il.

AFP

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