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© Damien Glez
© Damien Glez

La fin du monde n'aura pas lieu en Afrique

L'Afrique est sceptique sur l'apocalypse du 21 décembre 2012. Du nord au sud, on est toujours le dupe de quelqu'un. Texte et dessin de Damien Glez.

«Walaï! Les blancs sont trop superstitieux!», s’amuse Abdoulaye l’Ivoirien en entendant que le calendrier maya devrait achever, ce 21 décembre, les 5.125 années d'un cycle qui pourrait être le dernier.

Comme on clôture un événement avec un feu d’artifice, la Terre pourrait entrer en collision avec un trou noir, un objet géocroiseur ou l'hypothétique planète Nibiru, corps céleste pourtant inconnu dans le système solaire.

En se moquant de ces peurs des «gens du nord», Abdoulaye réalise-t-il que les Mayas vivaient sous la même latitude qu’une partie de l’Afrique noire? Avoue-t-il qu’il ne rechigne pas à lire, chaque matin, son horoscope —prophéties largement influencées par la superstition des blancs—, obéissant ainsi au «scientifique» principe du «on ne sait jamais»?

Personne ne prend l'affaire au sérieux

Plus informé, Théophile le Burkinabè indique que le Centre national de la recherche scientifique français a décrypté ce fameux calendrier maya pour démontrer que la fin du monde n’aurait pas lieu… enfin, pas cette semaine. Ouf, un répit jusqu’au prochain Armageddon!

La majorité de l’Afrique ne prend guère cette hypothétique fin du monde au sérieux. Elle y voit une nouvelle croyance aussi irrationnelle que la panique de l’An Mil ou la frayeur du bug de l’an 2000.

Dans un cas, Satan était censé surgir de l’abîme et provoquer, déjà, la fin du monde. Dans l’autre, l’inexpérience des ordinateurs en matière de dates à quatre chiffres promettait des collisions aéronautiques.

Il faut reconnaître que, vu d’Afrique, l’Occidental semble disposé à croire «n’importe quoi»! Pour certains observateurs de l’hygiène corporelle, se couper les ongles le cinquième jour de la semaine porterait malheur.

Pour certaines femmes enceintes, constater si du sel fond ou non sur sa poitrine permettrait de connaître le sexe de son fœtus. Pour les routiers indiens, avoir des relations sexuelles permettrait de ne pas souffrir de la canicule.

La vue d’un hibou à la lumière du jour porterait malheur, comme celle d’un chapeau sur un lit. Faire tomber un parapluie sur le sol serait le présage d’un meurtre à la maison. Et ne cassez pas de miroir sous une échelle, au moment où un chat noir traverse le décor…

L’Africain est tout autant sceptique sur l’idée qu’un gros et vieux bonhomme vêtu de rouge descendrait, la même nuit, dans toutes les cheminées du monde, même celles qui sont plus étroites que son embonpoint et même celles des maisons qui n’ont pas de cheminée.

Juste un coup marketing?

Mais qui est dupe? Les croyances sont parfois d’efficaces ressorts commerciaux. Les uns pour vendre des cadeaux de Noël; les autres pour monnayer des espaces publicitaires sur des chaînes dédiées.

Si les bouquets satellitaires disponibles en Afrique proposent depuis peu une chaîne de télévision entièrement consacrée à Papa Noël (sur le canal 69 pourtant peu indiqué pour les enfants), la fin du monde du 21 décembre a aussi son sésame sur la télécommande: le 99.

On y débitera des contenus catastrophistes —mais volontiers décalés— jusqu’au 21 décembre. La programmation est évidemment à durée déterminée, la fin du monde devant avoir lieu ou, justement, cesser de sembler devoir avoir lieu.

Et si l’apocalypse nous posait un lapin, ceux qui n’avaient pas fait leurs achats de Noël (pensant économiser, grâce à la fin du monde, quelques billets de banque dont ils oubliaient qu’ils seraient détruits), en seront pour leur frais; et pour les bousculades de dernière minute dans les magasins de jouets.

Les rois du marketing auraient été bien inspirés de faire une inversion du calendrier (le 25 décembre avant le 21), comme savent si bien le réaliser les politiciens avides de manipulations électoralistes…

Ceci écrit, si le blanc semble prompt à croire «vraiment n’importe quoi», l’Africain est-il en reste?...

Les Africains aussi ont leurs superstitions

En cette fin d’année 2012, nombre de Camerounais pensent que répondre aux appels téléphoniques de mystérieux numéros commençant par +229 (indicatif du Bénin) conduirait au décès de celui qui décroche.

Par mesure de sécurité, ils s’abstiendraient de décrocher également les «numéros masqués». En Afrique de l’Ouest, certains continuent de croire que des personnes —toujours originaires du Bénin ou du Nigeria— auraient la faculté de faire disparaître votre précieux appareil génital rien qu’en vous serrant la main.

En Afrique de l’Est, les organes d’albinos procureraient la richesse. Ailleurs sur le continent, des cadavres seraient capables de désigner les individus responsables de leur mort, des marabouts auraient le pouvoir de transférer de l’intelligence d'un individu à un autre, un homme frappé avec un balai deviendrait impuissant, de même qu’une fille ayant vu son père nu ne pourrait plus avoir d'enfants.

Certains Malgaches répandent l’idée qu’une femme enceinte portant du poisson sur sa tête enfanterait un bébé couvert d’écailles et que tout jeune perdrait ses dents, pour peu qu’il mange le croupion du poulet réservé aux anciens.

Il est vrai qu’il y a aussi des effrois dont on invente les causes pour décourager définitivement un enfant d’enfreindre une règle.

«Arrête de faire des grimaces. S’il y a un courant d’air, ton visage va rester comme ça à jamais», menacent ces blancs qui amusent tant Abdoulaye.

Quant à l’hypothèse de la fin du monde, si elle n’impressionne pas plus que ça les Africains, c’est peut-être qu’ils n’ont pas besoin de se faire peur. Ils sont confrontés chaque jour à un avant-goût d’apocalypse…

Quelle chaîne de télévision sensationnaliste impressionnerait-elle une jeune fille enlevée et engagée comme chair à canon dans un affrontement de l’Armée de résistance du Seigneur? Une épouse répudiée pour avoir été violée par des miliciens dans l’est de la République démocratique du Congo? Un adolescent amputé sur une place publique malienne? Pour certains, la perspective de la fin du monde serait presque enthousiasmante…

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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