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Centrafrique: le président compte sur les soldats tchadiens face à la rébellion


Le président centrafricain François Bozizé, le 17 juin 2011 à Bruxelles AFP/Archives John Thys

Les rebelles centrafricains qui menacent de renverser le régime de Bangui ont poursuivi leur offensive lancée la semaine dernière en prenant mercredi une nouvelle ville du nord mais le président François Bozizé a été renforcé par l'arrivée de soldats de son allié tchadien.

La France, qui a condamné les attaques, et l'opposition centrafricaine, qui rend le chef d'Etat co-responsable de "la tragédie", ont chacune appelé à un large dialogue national tandis que le parti présidentiel prônait la fermeté et que l'Union africaine exigeait un retrait sans condition des rebelles.

Après avoir capturé et pillé mardi la ville minière de Bria, le Séléka ("alliance" de plusieurs factions rebelles) a pris Kabo, à 350 km au nord de la capitale, selon des responsables militaires et de la rébellion.

Les rebelles ont dit se diriger ensuite vers Batangafo, à 60 km au sud de Kabo, où des coups de feu ont été entendus par des habitants.

Ces deux villes sont distantes de plus de 400 km de Bria, zone diamantifère, que le Séléka tenait toujours mercredi, selon des habitants.

Le nombre d'insurgés impliqués dans l'offensive commencée le 10 décembre dans le nord de la Centrafrique est difficile à évaluer. Mais des analystes soulignent que leur avancée illustre la faiblesse de soldats des forces armées centrafricaines (FACA) souvent sous-payés, démotivés et mal encadrés et la difficulté du régime à contrôler l'ensemble du territoire.

Face à la menace, le président Bozizé a fait appel mardi à son allié tchadien et l'arrivée de soldats de N'Djamena, rompus au combat, à bord d'une vingtaine de véhicules, devrait empêcher les insurgés de s'approcher de Bangui.

Le gros des troupes tchadiennes s'est positionné à Dekoa, à 200 km au nord de la capitale pour en bloquer l'accès, selon une source militaire centrafricaine, tandis qu'un petit détachement est parti en direction de Bria.

Le Tchad du président Idriss Deby avait déjà aidé M. Bozizé à prendre le pouvoir en 2003 et était intervenu pour chasser des rebelles de Birao, capitale du nord, fin 2010.

Joint au téléphone, un des chefs rebelles, le "colonel" Djouma Narkoyo a cependant assuré: "les Tchadiens ne nous font pas peur, nous nous battrons jusqu'au bout".

La Croix rouge souligne que des "milliers de personnes ont fui" leurs maisons depuis le début des combats.

Le respect des accords de paix en question

Le Séléka exige "le respect" de différents accords de paix signés entre 2007 et 2011, prévoyant notamment un processus de désarmement et réinsertion des ex-combattants.

Le parti présidentiel KNK a appelé à la répression militaire contre "des aventuriers", exhortant les FACA à "libérer le peuple des griffes de ces mercenaires". Il a toutefois aussi évoqué "les mains paternellement tendues du président de la République".

L'opposition estime que "la conquête des villes (par les rebelles) a été rendue facile par la déliquescence de l'armée nationale dont le premier responsable est le général François Bozizé".

"Tous les soubresauts que connaît notre pays sont la conséquence du non-respect" par M. Bozizé des accords de paix, estiment neuf partis d'opposition dans un communiqué demandant la tenue d'un grand dialogue national.

La France, ex-puissance coloniale, a dénoncé "un recours à la violence inacceptable" et souligné l'importance de la mise en place d'un "large dialogue national".

La présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, a estimé que la prise des villes hypothèque "tous les efforts de consolidation de la paix" et demande aux rebelles "de se retirer immédiatement et sans condition".

Pays enclavé parmi les plus pauvres de la planète, la Centrafrique était engagée depuis 2007 dans un processus de paix après des années d'instabilité, de multiples rébellions, mutineries militaires et putschs qui ont ravagé son tissu économique et l'ont empêché de tirer profit de ses ressources naturelles.

Le pays de 5 millions d'habitants a été dirigé d'une main de fer pendant 13 ans (1966-1979) par le mégalomane Jean-Bedel Bokassa, qui s'était même fait couronner empereur en 1976 avant d'être renversé en 1979.

De nombreuses rébellions ont signé des accords et déposé les armes entre 2007 et 2011 mais depuis septembre des mouvements dissidents au sein des rébellions signataires sont apparus. C'est notamment le cas du Séléka qui regroupe des ailes dissidentes d'au moins deux mouvements.