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Diango Cissoko et Dioncounda Traoré, le 13 décembre à Bamako, photo Habibou Kouyate
Diango Cissoko et Dioncounda Traoré, le 13 décembre à Bamako, photo Habibou Kouyate

Mali: nouveau gouvernement, feuille de route identique

Le nouveau gouvernement du Premier ministre malien, Diango Cissoko, saura-t-il unir le pays pour faciliter une sortie de crise?

La composition du nouveau gouvernement malien est connue, depuis le 15 décembre 2012 et le moins que l’on puisse dire, c’est que la continuité a été respectée.

Les postes les plus importants n’ont pas connu de changement, surtout en ce qui concerne les portefeuilles détenus par les ex-putschistes

Cissoko joue la carte de la continuité

Le capitaine Sanogo et ses camarades ont, en effet, conservé leur mainmise sur les départements de la Défense, de la Justice et de la Sécurité intérieure.

Ils ont cependant pris le soin de s’assurer que soient écartés tous ceux qui étaient proches de l’ancien Premier ministre.

Le nombre de femmes ministres n’a pas non plus évolué, ce qui ne manque pas de remettre en cause un tant soit peu l’esprit de représentativité de la société malienne dans lequel devrait s’inscrire la physionomie du nouvel exécutif.

Le point le plus fort dans cette ossature gouvernementale est sans conteste l’élargissement de l’équipe à des représentants du Nord, à travers l’entrée dans le gouvernement de trois nouveaux ministres songhaï, tamachek et arabe. 

L'objectif n°1: résoudre le conflit malien

L’on est peut-être encore loin du gouvernement plus inclusif et surtout démilitarisé qui conférerait au pouvoir exécutif malien plus de légalité démocratique, d’autonomie politique et de légitimité.

Mais le vin est tiré, il faut le boire. C’est pourquoi, il serait maintenant plus sage de se préoccuper de savoir comment les hommes et femmes qui le composent s’y prendront pour relever le défi qui leur a été lancé.

Bien que certaines appréciations aient été nuancées, le nouveau gouvernement dont la formation s’est en outre inscrite dans la même dynamique de célérité que la nomination du successeur de Cheick Modibo Diarra a été salué par la majorité des acteurs de la résolution de la crise malienne.

Le plus important désormais est de savoir ce qu’il est capable de faire pour la mise en œuvre réussie de la feuille de route de son chef, Diango Cissoko. Celle-ci tient en deux principales missions, à savoir la reconquête du nord du pays et l’organisation d’élections transparentes.

Le nouveau Premier ministre assignera à chacun de ses collaborateurs une mission dont l’exécution devra concourir à l’atteinte de ces deux objectifs. Les décisions qu’il prendra les prochains jours nous en diront plus sur ce que fera Diango des barbus qui occupent illégalement le Nord-Mali.

Diango Cissoko face au défi islamiste

Optera-t-il pour la méthode forte ou pour le dialogue, ou s’inscrira-t-il dans la logique de la communauté internationale qui entend conjuguer les deux méthodes?

Saura-t-il user de son pouvoir avec toute la ruse nécessaire pour contenter à la fois les forces étrangères et la junte qui, sur le plan interne, s’arroge toujours le droit de distribuer les cartes à sa guise?

Pour éviter de subir le même sort que son prédécesseur, peut-être, lui faut-il aller à l’école de Dioncounda Traoré, président de la transition, qui a, jusque-là, pu survivre aux multiples péripéties de la gestion du pouvoir. 

Une chose qui est sûre: il lui sera difficile de s’en sortir en faisant cavalier seul ou en se rangeant derrière seulement un des camps.

L’actuel chef du gouvernement malien qui, en plus d’avoir une riche expérience de la gestion politique, a eu la chance d’assister de plus près à tous les épisodes de la politique de son pays, depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012, part de prime abord favori pour battre le record de succès de l’ancien.

Demeure toutefois l’incontournable entrave de la permanente immixtion des militaires dans les affaires politiques. Nonobstant les pleins pouvoirs dont était censé jouir Cheick Modibo Diarra, selon les termes de l’accord dont la junte est cosignataire, ce dernier a été contraint à la démission, le fusil sous la tempe.

Même en décidant de satisfaire à la fois les occupants du camp de Kati (camp où est installée la junte militaire, près de Bamako) et les communautés africaine et internationale, rien n’est moins sûr que Diango aura les coudées franches pour dégainer contre les islamistes radicaux et discuter avec les rebelles modérés en toute sérénité.

Les actes qu’il posera, il devra sans doute le faire par procuration, pour éviter de vexer ceux qui sont habitués à toujours tirer les ficelles de leur cachette.

Le pire dans tout cela serait, pour Diango Cissoko, de suivre aveuglément et sans broncher ces faiseurs de dirigeants dans leurs égarements. Il doit tout faire pour sauver à la fois son honneur et refuser le bafouement des intérêts du peuple malien en souffrance.

Le Pays

 

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