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L'islamisme au Maroc ne connaît pas la crise

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté le 14 décembre à Rabat, capitale du Maroc, aux funérailles du Cheikh Abdessalam Yassine, «le fondateur et chef spirituel du mouvement islamiste Justice et bienfaisance (Al Adl wal Ihsane), et critique de longue date du régime monarchique», rapporte le site algérien L’Expression.

Décédé le 13 décembre à l’âge de 84 ans, il avait créé son mouvement en 1973 dans l’objectif de prôner l'instauration d'un Etat islamique au Maroc tout en rejetant la violence pour y parvenir.

«Cheikh Yassine, a acquis une notoriété politique en publiant en 1974, un an après avoir fondé Al Adl Wal Ihsane, sa fameuse lettre ouverte au Roi, "L’islam où le déluge". C’est l'une des premières contestations de la monarchie au nom de la religion, domaine où seul des militants de gauche et d’extrême-gauche s’étaient aventurés. Il en payera le prix. Il sera emprisonné et interné en hôpital psychiatrique sous Hassan II durant ce qu’il est convenu au Maroc d’appeler les "années de plomb". A la fin des années 80, il est placé en résidence surveillée et le restera jusqu’en 2000», rapporte le site Maghreb Emergent.

Sa mort laisse donc son mouvement orphelin même si des mesures ont été prises pour qu’Al Adl Wal Ihsane puisse fonctionner sans son leader charismatique.

«Un Conseil de guidance gère le volet spirituel et les grandes orientations idéologiques tandis que le Cercle politique fait office de structure exécutive et décisionnelle, explique Abellah Tourabi, spécialiste des mouvements islamistes au Maroc, dans l’hebdomadaire français L'Express.

Les deux organes sont gérés de manière collégiale. Certes, Al Adl Wal Ihsane n'avait qu'un seul idéologue, dont la parole était presque sacrée. Sa mort est donc une immense perte pour son mouvement. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il est en crise». 

D’ailleurs beaucoup d'observateurs évoquent la possible émergence au sein d'Al Adl Wal Ihsane, d'une branche qui pourrait être tentée, à l'instar du PJD, par la constitution d'un parti politique.

Mais pour intégrer la sphère politique du royaume chérifien, il faudrait que les héritiers de Cheikh Yassine reconnaissent le statut de Commandeur des croyants dévolu au roi du Maroc. Ce qui rentrerait en contradiction totale avec la feuille de route de leur guide. 

«Désormais orphelins de leur prophète, ses héritiers vont devoir choisir. Soit ils redeviennent une confrérie religieuse comme les autres, soient ils se muent en parti politique. Mais cette option là passera forcément par la reconnaissance de la Commanderie des croyants, plus que jamais pilier du trône alaouite», toujours selon L’Express. 

Lu sur L'Express, Maghreb Emergent, L'Expression

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